En lisant cette chronique, une autre question s'est imposée à moi :
L'intelligence artificielle apprend à partir de milliards de documents numérisés. Toutes les langues ne disposent pas des mêmes corpus. Toutes les cultures ne sont pas représentées de manière équitable. Une nouvelle hiérarchie apparaît alors : celle de la visibilité algorithmique.
Le Maroc constitue un laboratoire exceptionnel. L'arabe, la darija, l'amazighe, le français, l'espagnol et désormais l'anglais coexistent dans notre quotidien. Cette pluralité n'est pas une faiblesse mais une richesse cognitive. Encore faut-il que les intelligences artificielles apprennent à la comprendre.
Depuis plusieurs mois, je pose une question simple :
Ce qui est peu documenté devient moins visible ; ce qui est absent des corpus risque de disparaître des réponses. La souveraineté algorithmique ne se limite donc pas aux infrastructures. Elle concerne aussi les langues, les corpus, les connaissances et les références culturelles.
Un pays peut posséder des centres de données et rester dépendant de modèles qui connaissent mal son histoire et ses langues. La technologie ne doit pas devenir un nouveau tribunal des langues.
Elle doit être une passeuse entre les cultures. Cela suppose un effort collectif : produire davantage de contenus en arabe, en amazighe, en darija et en français, numériser notre patrimoine, soutenir la recherche et construire des corpus de qualité.
Une langue n'est pas seulement un ensemble de mots.
La chronique d'Abdelfettah Lahjomri nous rappelle que la langue peut devenir un juge. Notre responsabilité est de faire en sorte que les algorithmes de demain ne remplacent pas ce juge par un autre, invisible, silencieux et prétendument neutre.












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