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Encore une opération de désinformation orchestrée par … l’Algérie ?


Rédigé par La rédaction le Mardi 24 Février 2026

France 24 reconnaît une erreur professionnelle et s’excuse après la diffusion d’un faux message attribué à Nasser Bourita



Quand une fausse information passe à l’antenne

Un faux message, un média international pris en défaut, une plateforme sociale devenue terrain d’affrontement informationnel. L’affaire aurait pu rester un simple incident de vérification. Elle a pris une autre dimension. Parce qu’elle touche à la diplomatie marocaine, parce qu’elle révèle des fragilités médiatiques, et parce qu’elle pose, en filigrane, une question plus lourde : sommes-nous entrés dans une ère où la désinformation ciblée devient une arme diplomatique à part entière ? L’alerte est réelle. La prudence s’impose. Le doute aussi.

Les faits, d’abord. Ils sont têtus. Après la diffusion d’une émission, France 24 a reconnu avoir relayé à l’antenne un message présenté comme provenant du chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita. Problème : ce message émanait d’un faux compte sur la plateforme X, usurpant son identité. La chaîne a admis l’erreur, exprimé ses regrets, et corrigé publiquement.

Le contenu du message était explosif. Il affirmait que le Maroc aurait versé un milliard de dollars pour intégrer le « Board of Peace », une initiative diplomatique récemment évoquée par le président américain Donald Trump. Une somme colossale. Une information sensible. Un angle parfait pour déclencher réactions, commentaires et soupçons.

Que cette information soit fausse est aujourd’hui établi. Que sa diffusion ait eu lieu sur un média international de premier plan l’est tout autant. L’incident n’est donc pas anodin. Il n’est pas non plus exceptionnel dans l’écosystème numérique actuel. Mais il mérite d’être interrogé, sans excès, sans naïveté.

Désinformation ciblée : hypothèse crédible ou emballement national ?

À la suite des vérifications menées après la polémique, le compte à l’origine de la publication litigieuse aurait été localisé en Algérie. Cette identification aurait été rendue possible par les nouvelles mesures de transparence introduites sur la plateforme X fin deux mille vingt-cinq, permettant l’affichage de certaines données liées à l’origine de comptes signalés pour usurpation d’identité ou manipulation.

C’est ici que le débat se tend. Pour certains observateurs marocains, ces éléments confortent l’hypothèse d’une opération de désinformation ciblée, exploitant l’identité du ministre dans un contexte diplomatique sensible. Une hypothèse lourde. Trop lourde pour être balayée d’un revers de main, mais trop grave pour être affirmée sans précaution.

Car localiser un compte ne suffit pas à établir une stratégie étatique. L’espace numérique est poreux, traversé de proxys, de relais, d’acteurs hybrides. Des initiatives individuelles peuvent se greffer à des rivalités régionales sans en être directement pilotées. La tentation de la surinterprétation existe. Elle doit être combattue par la rigueur.

Cela dit, feindre l’innocence serait tout aussi dangereux. Le Maroc n’est pas un spectateur passif de la guerre informationnelle mondiale. Il en est parfois la cible. Parfois l’enjeu. La question n’est donc pas de savoir si la désinformation existe. Elle existe. La vraie question est ailleurs : qui en tire profit, et dans quel timing ?

Médias internationaux face au piège numérique

L’incident soulève une interrogation centrale, presque embarrassante : comment un média international de la stature de France 24 a-t-il pu considérer comme authentique un compte attribué à Nasser Bourita, alors que ce dernier ne dispose d’aucun compte officiel sur X ?

La réponse est inconfortable. Elle tient à la vitesse, à la pression du direct, à la tyrannie de l’instant. Elle tient aussi à une confusion croissante entre visibilité numérique et légitimité institutionnelle. Aujourd’hui, un faux compte bien présenté peut, l’espace de quelques minutes, se substituer à une parole officielle. Et ces minutes comptent.

Il faut rappeler un fait simple, souvent ignoré hors du Maroc : le seul canal institutionnel reconnu pour la communication officielle du ministère marocain des Affaires étrangères demeure la plateforme « Maroc Diplomatie ». Ce n’est ni X, ni Facebook, ni une messagerie cryptée. Cette réalité aurait dû servir de garde-fou éditorial.

À charge donc, pour les médias internationaux : l’erreur est réelle, et elle fragilise la crédibilité de l’information diffusée. À décharge : les rédactions sont aujourd’hui confrontées à une industrialisation de la manipulation numérique. La faute est humaine, le système est vulnérable.

Il serait tentant de réduire cette affaire à un énième épisode des tensions maroco-algériennes. Ce serait une lecture courte. Le Maroc, ces dernières années, a gagné en visibilité diplomatique, en influence africaine, en crédibilité stratégique. Cette exposition accrue l’expose mécaniquement aux attaques informationnelles.

Mais il serait tout aussi erroné de céder à une posture victimaire. Le Royaume dispose d’institutions solides, d’une diplomatie structurée, et d’un socle de stabilité politique qui limite l’impact réel de ce type de manipulation. Une fake news, même relayée, ne suffit pas à ébranler une politique étrangère cohérente.

L’enjeu est ailleurs : dans la vigilance collective. Dans la capacité des médias marocains, mais aussi des citoyens connectés, à distinguer le bruit du signal. Dans la responsabilité des plateformes, appelées à renforcer leurs mécanismes de vérification sans céder à l’arbitraire.

Entre alerte nécessaire et sang-froid stratégique

Faut-il parler d’« opération orchestrée par l’ennemi du Maroc » ? La formule est forte. Elle traduit une inquiétude légitime. Elle appelle toutefois à la nuance. L’Algérie, en tant qu’État, ne peut être accusée sans preuves irréfutables. Les relations régionales sont déjà suffisamment fragiles pour éviter les procès d’intention.

En revanche, il est parfaitement légitime d’alerter sur l’existence d’écosystèmes de désinformation hostiles aux intérêts marocains. Ils existent. Ils agissent. Parfois maladroitement. Parfois efficacement. Les ignorer serait une erreur stratégique.

La réponse ne peut être ni la censure, ni la surenchère émotionnelle. Elle doit être institutionnelle, pédagogique, durable. Renforcer l’éducation aux médias. Clarifier les canaux officiels. Exiger des plateformes une coopération réelle. Et rappeler, inlassablement, que la liberté d’expression n’est viable que si elle s’accompagne de responsabilité.

Cet épisode, au fond, ne parle pas seulement d’un faux compte ou d’un média trompé. Il parle de notre époque. Une époque où l’information circule plus vite que sa vérification. Où l’émotion précède l’analyse. Où la désinformation ne cherche plus à convaincre, mais à semer le doute.

Le Maroc, fidèle à ses valeurs d’ouverture, de tolérance et de stabilité, n’a rien à gagner à l’escalade verbale. Il a tout à gagner à la lucidité. À la fermeté calme. À cette forme de sang-froid stratégique qui distingue les nations solides des nations fébriles.

Rester vigilants, sans devenir paranoïaques. Douter, sans sombrer dans le soupçon permanent. Informer, sans manipuler. C’est peut-être là, aujourd’hui, le véritable combat.





Mardi 24 Février 2026

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