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Entreprendre sans détruire : le défi des projets verts au Maroc




Déchets, eau, innovation : comment rendre un projet vraiment durable

Longtemps, l’environnement a été regardé comme une contrainte ajoutée à la fin d’un dossier : une case à cocher, un rapport à fournir, une obligation administrative de plus. Cette époque est en train de disparaître. Désormais, pour de nombreux porteurs de projets, l’écologie ne constitue plus un supplément d’âme. Elle devient une condition de crédibilité, de financement et, surtout, de survie économique.

C’est l’idée centrale développée par la Dr Hafsa Ennab, experte en économie verte : un projet sérieux ne peut plus faire abstraction de ses effets sur l’air, l’eau, les sols, la biodiversité ou la santé des populations. Il ne s’agit pas seulement d’afficher quelques plantes sur une présentation PowerPoint ou de repeindre une activité en vert à coups de slogans. Un projet durable doit démontrer, concrètement, qu’il ne dégrade pas son environnement et qu’il peut, mieux encore, contribuer à le restaurer.

La nuance est importante. Pendant longtemps, l’objectif était de limiter les dégâts. Aujourd’hui, les financeurs publics, les investisseurs, les collectivités et les consommateurs attendent davantage : des activités capables de réduire les déchets, d’économiser les ressources, de créer des emplois locaux et de produire de la valeur sans hypothéquer l’avenir.

Le déchet, cette matière première que l’on refuse encore de voir

L’économie verte commence souvent par un changement de regard. Là où certains voient une charge, d’autres découvrent une ressource. Les résidus agricoles, les déchets organiques, les eaux usées traitées, les emballages ou encore les sous-produits industriels peuvent devenir des matières premières, des sources d’énergie, des fertilisants ou de nouveaux produits commerciaux.

L’exemple des déchets issus de l’huile d’olive illustre parfaitement cette logique. Dans un pays comme le Maroc, où la filière oléicole occupe une place importante, les margines et autres résidus ont longtemps été perçus comme une difficulté environnementale. Pourtant, avec de l’innovation, ils peuvent être valorisés dans la production de compost, d’énergie, de biomatériaux ou d’autres usages industriels.

C’est là tout l’enjeu de l’économie circulaire : sortir du modèle classique « produire, consommer, jeter » pour entrer dans un système où chaque matière conserve une valeur. Cette transformation est écologique, mais elle est aussi économique. Elle permet de réduire les coûts, d’ouvrir de nouveaux marchés et d’inventer des métiers adaptés aux réalités locales.

La planète ne fonctionne pas à crédit

La vidéo rappelle également une notion pédagogique mais essentielle : celle du « budget écologique ». Comme un ménage ne peut pas dépenser durablement plus qu’il ne gagne, une société ne peut pas prélever indéfiniment davantage de ressources que la planète n’est capable de renouveler.

L’eau, les sols fertiles, les forêts, les ressources halieutiques ou la capacité de l’atmosphère à absorber les émissions ne sont pas illimités. Lorsque ce budget est dépassé, la facture arrive sous forme de sécheresses, de pénuries, de dégradation des terres, de pollution, de perte de biodiversité et de tensions sociales.

Au Maroc, cette réalité n’a rien d’abstrait. La raréfaction de l’eau, les épisodes de sécheresse successifs, la pression sur l’agriculture et les besoins croissants des villes obligent à repenser les modèles de production. Un projet qui gaspille l’eau ou multiplie les rejets polluants ne peut plus être considéré comme moderne, même s’il génère du chiffre d’affaires à court terme.

Une entreprise verte, ce n’est pas un slogan

Être une entreprise verte ne veut pas simplement dire vendre un produit naturel ou installer quelques panneaux solaires sur un toit. Cela suppose une cohérence dans toute la chaîne : choix des matières premières, consommation énergétique, gestion de l’eau, transport, emballages, traitement des déchets et impact social.

Une exploitation agricole peut devenir plus durable grâce à une irrigation de précision. Une tannerie peut réduire son empreinte en utilisant des colorants moins toxiques et en traitant ses effluents. Un restaurant peut privilégier les circuits courts, limiter le plastique et valoriser ses biodéchets. Une start-up peut créer des solutions numériques pour mieux gérer l’énergie ou réduire les déplacements inutiles.

Le principe est simple : chaque activité doit se demander non seulement ce qu’elle produit, mais aussi ce qu’elle laisse derrière elle.

Cette exigence change profondément la manière de concevoir l’entrepreneuriat. Le projet vert ne se limite plus à un secteur spécialisé réservé à quelques militants ou chercheurs. Il concerne l’agriculture, le tourisme, l’artisanat, l’industrie, la logistique, le bâtiment, le commerce et les services.

Savoir faire, mais aussi savoir convaincre

Un bon projet écologique doit enfin être bien raconté. Trop de porteurs d’initiatives disposent d’une idée utile mais peinent à expliquer clairement son impact. Or, les financeurs veulent comprendre : quelle quantité d’eau sera économisée ? Combien de déchets seront valorisés ? Quel volume d’émissions pourra être évité ? Quels emplois seront créés ?

La dimension environnementale doit être intégrée au modèle économique, au dossier de financement et à la stratégie commerciale. Cela ne signifie pas exagérer ou pratiquer le greenwashing. Cela signifie mesurer, prouver et communiquer avec précision.

L’écologie devient donc un langage de compétitivité. Un projet capable de démontrer son utilité environnementale gagne en crédibilité auprès des banques, des investisseurs, des programmes publics et des consommateurs eux-mêmes.

La vraie question n’est plus : « Mon projet est-il rentable ? » Elle devient : « Est-il rentable sans détruire les ressources dont il dépend ? » Dans les années qui viennent, la différence entre les entreprises qui dureront et celles qui disparaîtront se jouera largement là.
Samedi 4 Juillet 2026


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