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Istiqlal 2026-2031 : zéro tolérance pour la corruption, le pari de la confiance retrouvée


À l’approche des élections de 2026, l’Istiqlal fait de la lutte contre la corruption, la rente et les conflits d’intérêts l’un des piliers de son programme. Objectif : restaurer la confiance entre les citoyens, l’administration et l’économie, en passant d’une culture de privilèges à une culture de responsabilité.



La confiance, première victime de la corruption

La corruption ne se résume pas à quelques dossiers judiciaires spectaculaires. Elle est souvent beaucoup plus silencieuse. Elle se voit dans une autorisation qui tarde, dans un marché public qui interroge, dans une concurrence faussée, dans un avantage accordé toujours aux mêmes, ou dans ce sentiment diffus que les règles ne s’appliquent pas à tous de la même manière.

C’est précisément ce sentiment d’injustice qui mine la relation entre le citoyen et les institutions.

Dans son programme électoral 2026-2031, l’Istiqlal semble avoir compris que la bataille contre la corruption n’est pas seulement une bataille administrative ou judiciaire. C’est d’abord une bataille politique, sociale et morale. Car lorsqu’un citoyen a l’impression que l’effort ne suffit plus, que le mérite ne paie pas toujours, et que les réseaux comptent plus que les compétences, c’est toute la promesse démocratique qui s’affaiblit.

Le parti choisit donc une formule directe : “zéro tolérance avec la corruption”.

Mais pour que cette formule ne reste pas un slogan, encore faut-il lui donner des mécanismes concrets.

​Responsabilité et reddition des comptes : sortir du flou

Le premier chantier proposé par l’Istiqlal concerne le lien entre responsabilité et reddition des comptes.

L’idée est simple : on ne peut pas continuer à confier des responsabilités publiques sans objectifs clairs, sans indicateurs mesurables et sans évaluation régulière. Le programme propose ainsi des contrats d’engagement pour les responsables publics, avec des résultats définis à l’avance et un suivi périodique de la performance.

Cette logique peut paraître technique. Elle est pourtant essentielle.

Dans l’administration comme dans les collectivités, le citoyen ne juge pas seulement l’intention. Il juge le résultat : une route livrée ou non, un hôpital qui fonctionne ou non, une école équipée ou non, une procédure simplifiée ou toujours bloquée.

L’Istiqlal veut donc déplacer le centre de gravité : passer d’une culture de la nomination à une culture de la responsabilité.

Autrement dit, exercer une fonction publique ne devrait plus être seulement un statut. Ce devrait être un engagement mesurable devant les citoyens.

​Conflits d’intérêts : fermer les zones grises

Le programme prévoit également l’adoption d’une loi sur les conflits d’intérêts. C’est l’un des points les plus sensibles, mais aussi l’un des plus importants.

Dans de nombreux domaines, la frontière entre intérêt général et intérêts particuliers peut devenir floue : décisions d’investissement, marchés publics, autorisations, foncier, fiscalité, subventions, régulation économique.

L’Istiqlal propose de définir clairement les situations d’incompatibilité, ainsi que les cas où un responsable doit se retirer d’une décision lorsqu’il existe un intérêt personnel, familial ou économique.

Cette mesure peut contribuer à assainir la décision publique.

Car la corruption ne commence pas toujours par une enveloppe ou une transaction illégale. Elle commence parfois par une confusion des rôles, par une proximité excessive, par une décision prise dans un contexte où l’impartialité n’est plus garantie.

Clarifier ces règles, c’est protéger l’État. Mais c’est aussi protéger les responsables eux-mêmes, en leur donnant un cadre net.

​Déclaration de patrimoine : surveiller l’enrichissement injustifié

Autre point fort : l’élargissement de la déclaration de patrimoine aux hauts responsables, aux grands fonctionnaires et aux élus concernés.

L’objectif n’est pas de transformer chaque responsable en suspect permanent. L’objectif est de rendre plus difficile l’enrichissement injustifié et de renforcer les capacités de contrôle des institutions compétentes, notamment le Conseil supérieur des comptes.

Dans un pays où la demande de transparence devient de plus en plus forte, ce type de mesure répond à une attente réelle.

Les citoyens peuvent accepter beaucoup de choses : l’effort, la patience, les réformes longues, les contraintes budgétaires. Mais ils acceptent de moins en moins l’idée que certains puissent s’enrichir grâce à la proximité avec la décision publique pendant que d’autres subissent la hausse des prix, le chômage ou la précarité.

La transparence patrimoniale devient donc un outil de justice politique.

​Rente et monopoles : quand l’économie devient injuste

La lutte contre la corruption ne concerne pas seulement l’administration. Elle touche aussi l’économie.

L’Istiqlal cible dans son programme les situations de rente, les positions dominantes et les pratiques monopolistiques qui peuvent contribuer à l’augmentation des prix ou à la concentration excessive des richesses.

Le parti propose notamment de conditionner le soutien public aux entreprises à des engagements concrets : création d’emplois, maintien de prix raisonnables, investissement productif, contribution à l’intérêt national.

L’idée est claire : l’argent public ne doit pas financer la rente. Il doit soutenir l’activité réelle, l’emploi, l’innovation et la production.

Le programme évoque aussi une fiscalité plus progressive pour certaines activités bénéficiant de situations exceptionnelles, avec une imposition pouvant atteindre 40 % pour les secteurs profitant de rentes ou de positions quasi monopolistiques.

Ce choix envoie un message politique fort : le marché doit être libre, mais il ne peut pas être confisqué.

​Le Conseil de la concurrence, arbitre indispensable

Dans cette logique, l’Istiqlal souhaite renforcer le rôle du Conseil de la concurrence.

C’est un point important, car la vie chère n’est pas seulement liée aux marchés internationaux ou aux coûts de production. Elle peut aussi être aggravée par des circuits de distribution opaques, des marges excessives ou des pratiques anticoncurrentielles.

Sur les produits alimentaires, les médicaments, les transports ou les fournitures scolaires, la question des prix est devenue quotidienne pour les ménages marocains.

Renforcer la capacité de surveillance des marchés, suivre les marges et agir contre les abus ne relève donc pas uniquement de la régulation économique. C’est aussi une mesure sociale.

Car lorsqu’un marché fonctionne mal, ce sont souvent les ménages modestes et la classe moyenne qui paient la facture.

​Simplifier l’administration pour réduire la corruption

Le programme de l’Istiqlal propose également un changement de logique dans les relations entre l’administration, les citoyens et les entreprises.

Moins il y a de flou, moins il y a de blocage, moins il y a d’espace pour la corruption.

C’est pourquoi le parti défend le passage progressif d’une logique d’autorisations préalables à une logique de cahiers des charges, lorsque cela est possible. Au lieu d’attendre indéfiniment une permission administrative, le porteur de projet pourrait déclarer sa conformité à des règles claires, sous réserve de contrôle.

Le programme insiste aussi sur l’application du principe : “le silence de l’administration vaut accord”, avec des délais précis pour chaque procédure.

Cette mesure peut paraître simple, mais elle peut changer beaucoup de choses. Quand une réponse administrative n’arrive jamais, le citoyen devient dépendant du bon vouloir d’un guichet. Quand les délais sont clairs, la relation devient plus équilibrée.

La simplification administrative n’est donc pas seulement une réforme de confort. C’est un outil anticorruption.

​Numérisation et intelligence artificielle : contrôler autrement

L’Istiqlal mise également sur la numérisation des marchés publics et sur l’usage de l’intelligence artificielle pour détecter les anomalies, les risques et les comportements suspects.

Cette proposition ouvre une piste intéressante : utiliser la technologie non pas seulement pour moderniser les services, mais pour renforcer l’intégrité de l’action publique.

Des appels d’offres répétitifs attribués aux mêmes acteurs, des écarts de prix inhabituels, des délais anormaux, des découpages suspects de marchés : autant de signaux faibles qui pourraient être détectés plus rapidement grâce aux outils numériques.

La corruption prospère souvent dans l’opacité. La donnée, lorsqu’elle est bien utilisée et encadrée, peut devenir un instrument de transparence.

Mais cette transformation suppose une condition : que la numérisation ne soit pas seulement une façade. Elle doit être accompagnée d’un accès réel à l’information, d’une traçabilité des décisions et d’une capacité de sanction.

Protéger les lanceurs d’alerte : sans témoins, pas de vérité

Le programme prévoit aussi une protection effective des personnes qui signalent des faits de corruption.

C’est un élément essentiel. Car dans beaucoup de situations, ceux qui savent n’osent pas parler. Ils craignent les représailles professionnelles, l’isolement, la pression hiérarchique ou les conséquences personnelles.

Protéger les lanceurs d’alerte, ce n’est pas encourager la délation. C’est reconnaître que l’intérêt général doit parfois être défendu par des citoyens ou des agents qui prennent des risques.

Sans protection, la loi reste théorique. Avec une protection réelle, la parole devient possible.

Un programme pour restaurer l’égalité devant la règle

Au fond, le volet anticorruption du programme de l’Istiqlal repose sur une idée simple : le Maroc ne peut pas avancer si les citoyens ont le sentiment que les règles sont négociables.

La confiance publique repose sur une promesse fondamentale : que l’effort, le mérite et la loi comptent davantage que les réseaux, les privilèges et les passe-droits.

En ciblant les conflits d’intérêts, la déclaration de patrimoine, les rentes, les monopoles, les lenteurs administratives et la protection des lanceurs d’alerte, l’Istiqlal cherche à répondre à l’un des grands malaises de notre époque : le sentiment d’injustice.

Ce n’est pas un sujet secondaire. C’est peut-être même l’une des conditions de réussite de tout le reste.

Car comment parler de pouvoir d’achat si les marchés sont faussés ? Comment parler d’investissement si la concurrence n’est pas équitable ? Comment parler de jeunesse si les jeunes pensent que leur avenir dépend davantage des relations que des compétences ? Comment parler de souveraineté si l’intérêt général peut être capturé par des intérêts privés ?

La vraie promesse : rendre l’État plus crédible

Le programme de l’Istiqlal ne gagnera pas en crédibilité uniquement par la force de ses annonces, mais par sa capacité à montrer que la lutte contre la corruption peut devenir une politique publique structurée, suivie et assumée.

Le défi est immense. Mais il est décisif.

Dans un Maroc qui veut accélérer son développement, attirer l’investissement, protéger sa classe moyenne et offrir un avenir à sa jeunesse, la confiance n’est pas un luxe. Elle est une infrastructure invisible, aussi importante qu’une route, un hôpital ou une école.

Avec son engagement de “zéro tolérance”, l’Istiqlal place donc la barre haut.

Reste maintenant à transformer cette ambition en actes. Mais une chose est sûre : dans les élections de 2026, la lutte contre la corruption ne sera pas seulement un thème parmi d’autres. Elle sera l’un des tests les plus sérieux de la volonté de changement.



Mardi 15 Septembre 2026

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