Le bureau a peut-être pris un peu trop de place
Pendant longtemps, travailler signifiait presque obligatoirement partir travailler.
Se lever, se préparer, prendre la voiture, le bus ou le tram, traverser la ville, pointer, s’installer devant son ordinateur, puis refaire le trajet dans l’autre sens. Une mécanique tellement intégrée au quotidien qu’on a fini par oublier qu’elle n’était pas la seule manière possible de travailler.
Puis le télétravail est arrivé, d’abord comme une contrainte sanitaire, avant de devenir pour certains un véritable mode d’organisation.
Le débat marocain commence d’ailleurs à suivre cette évolution. Le gouvernement a déjà évoqué l’adaptation du cadre du travail aux nouvelles formes d’emploi, dont le télétravail.
Mais une chose est importante : télétravailler n’est pas simplement travailler avec un ordinateur sur la table de la cuisine.
Cela suppose des règles, une organisation, des compétences numériques et, surtout, des emplois qui peuvent réellement être exercés à distance.
Et si le télétravail devenait aussi un levier pour les femmes ?
C’est là que la proposition de l’Istiqlal devient intéressante.
Son programme prévoit un soutien à l’entrepreneuriat féminin et au travail à distance, associé à des plateformes régionales de commercialisation.
L’idée ne consiste donc pas simplement à dire : « restez chez vous et travaillez ». Elle s’inscrit dans une réflexion plus large autour de l’accès des femmes à l’activité économique.
Et pourquoi parler des femmes ?
Parce que les chiffres du marché du travail rendent difficile de faire l’impasse sur cette question. Au deuxième trimestre 2026, les femmes ne représentaient que 21,5 % de la main-d’œuvre au Maroc et leur taux de participation s’établissait à 18,1 %, contre 66,5 % pour les hommes, selon le HCP.
Mais le télétravail n’est évidemment pas une « solution pour les femmes ».
Il peut être une forme de travail parmi d’autres, avec des avantages et des limites, pour les hommes comme pour les femmes.
La nuance compte.
Et puis il y a les mères
C’est probablement ici que le sujet devient plus concret.
Parce qu’une mère qui doit jongler avec les horaires d’école, les déplacements, la garde des enfants et les contraintes professionnelles ne rencontre pas exactement les mêmes obstacles qu’un salarié qui peut organiser sa journée sans ces contraintes.
Cela ne signifie pas que toutes les mères veulent travailler à distance. Ni que le télétravail devrait devenir une sorte de « travail spécial mamans ».
Ce serait même un drôle de paradoxe : vouloir faciliter leur accès à l’emploi tout en les enfermant dans une nouvelle catégorie professionnelle.
Le véritable intérêt du télétravail est ailleurs : donner davantage de choix dans la manière de travailler.
Pour une mère, cela peut parfois signifier éviter deux heures de trajet. Pour un salarié vivant loin d’un grand centre économique, cela peut vouloir dire accéder à une entreprise sans déménager.
Pour un entrepreneur, cela peut permettre de travailler avec des clients situés dans une autre ville, voire à l’étranger.
Le lieu de résidence commence alors à peser un peu moins lourd dans l'équation.
Le piège du « travail depuis la maison »
Mais attention à ne pas vendre le télétravail comme le nouveau bouton magique de l’emploi.
Travailler depuis chez soi peut offrir de la souplesse. Cela peut aussi brouiller complètement la frontière entre travail et vie personnelle.
L’ordinateur reste ouvert. Le message professionnel arrive pendant le dîner. La réunion déborde. Et puisque le bureau est à deux mètres du canapé, pourquoi s’arrêter ?
Le télétravail peut donc libérer du temps… mais il peut aussi en avaler.
C’est précisément pour cela que le sujet mérite mieux qu’un simple slogan électoral.
Le vrai pari est celui de la liberté de choisir
La proposition de l’Istiqlal pose finalement une question assez moderne : faut-il encore mesurer l’accès à l’emploi à la distance qui sépare une personne de son bureau ?
Le Maroc compte aujourd’hui une part très importante de sa population active en milieu urbain, tandis que les écarts de participation au marché du travail restent particulièrement marqués entre hommes et femmes.
Dans ce contexte, le travail à distance peut être un outil parmi d’autres pour élargir l’accès aux opportunités.
Mais il ne remplacera ni les crèches, ni les transports, ni les emplois locaux, ni les politiques d’égalité professionnelle. Et surtout, il ne doit pas devenir une manière élégante de dire à certaines personnes : « Puisque vous avez des contraintes, travaillez de chez vous. »
Le vrai progrès serait plutôt de pouvoir répondre : vous voulez travailler au bureau ? À distance ? À temps partiel ? Créer votre activité ? Voici plusieurs options.
Après tout, le futur du travail ne sera peut-être pas « tout au bureau » ou « tout à la maison ».
Il sera peut-être simplement… un peu plus flexible.












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