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L’État paie, le marché tremble : gaz butane, électricité, transport… jusqu’où le Maroc peut-il tenir ?

Plus de 1,6 milliard de dirhams par mois.


Rédigé par La rédaction le Vendredi 3 Avril 2026

C’est désormais le prix assumé par l’État marocain pour éviter que la crise énergétique internationale ne se transforme en choc social brutal. Gaz butane, électricité, transport professionnel : le gouvernement a choisi d’amortir, encore une fois, la hausse venue d’ailleurs. Faut-il saluer une réponse protectrice et rapide, ou s’inquiéter d’un modèle où l’urgence budgétaire devient la nouvelle normalité ? Derrière l’effort public, une question s’installe, plus lourde qu’il n’y paraît : le Maroc protège-t-il intelligemment son économie, ou repousse-t-il simplement l’addition ?



Gaz butane : un bouclier social indispensable, mais de plus en plus coûteux

Dans les foyers marocains, la bonbonne de 12 kg n’est pas un produit comme les autres. Elle est dans la cuisine, dans les habitudes, dans le budget serré des ménages. Quand Fouzi Lekjaa annonce que l’État supporte désormais 78 dirhams par bonbonne, contre 30 dirhams auparavant, il ne parle pas d’un simple ajustement comptable. Il parle d’un geste social massif. Et d’un signal politique clair : dans un moment tendu, Rabat ne veut pas laisser exploser un prix aussi sensible.

Sur le fond, difficile de contester la logique. Une hausse frontale du gaz butane aurait frappé d’abord les ménages modestes, les zones rurales, les petits commerces, les usages quotidiens. Le gouvernement choisit donc de neutraliser le choc. Le coût annoncé, 600 millions de dirhams par mois, donne la mesure de l’effort. À court terme, c’est une protection. Presque un amortisseur social. Dans un pays où la paix économique repose souvent sur l’équilibre des dépenses de base, ce choix peut se défendre.

Mais il y a l’autre lecture. Celle qui dérange un peu. Car subventionner davantage un produit déjà lourdement compensé revient aussi à prolonger une dépendance. Le Maroc sait depuis longtemps que la question du butane ne peut pas être éternellement traitée par la seule perfusion budgétaire. Plus le soutien grimpe, plus la réforme devient politiquement délicate. Et plus le pays s’enferme dans une contradiction : protéger aujourd’hui, sans vraiment corriger demain.

Ce n’est pas un reproche facile. C’est un malaise structurel. Quand une crise extérieure pousse l’État à intervenir encore plus fortement, le réflexe est compréhensible. Mais une économie ne peut pas vivre durablement sur des tarifs artificiellement stabilisés, surtout lorsque les tensions géopolitiques redessinent les prix mondiaux au jour le jour. Le Maroc gagne du temps. Reste à savoir pour préparer quoi.

Électricité : la stabilité des tarifs rassure, mais le vrai coût reste caché

Le deuxième pilier de la réponse gouvernementale concerne l’électricité. Là aussi, le choix est clair : pas de hausse des tarifs, ni pour les ménages, ni pour les entreprises, malgré l’augmentation des coûts de production. L’effort est estimé à 400 millions de dirhams par mois. Présentée ainsi, la mesure semble frappée au coin du bon sens. Quand l’énergie devient chère, relever les factures alourdirait à la fois le coût de la vie et le coût de produire. En pleine zone de turbulences, le gel tarifaire agit comme une digue.

Pour les entreprises, surtout les PME déjà prises entre coût du financement, consommation hésitante et incertitudes logistiques, cette décision a un effet immédiat. Elle évite qu’un nouveau surcoût énergétique ne dégrade encore les marges. Pour les ménages urbains, elle limite une fatigue budgétaire déjà très réelle. Car au Maroc, même lorsque l’inflation ralentit officiellement, le ressenti social ne suit pas toujours. Le porte-monnaie, lui, a la mémoire longue.

Mais ici encore, la protection a une contrepartie. Quand l’électricité reste stable en façade alors que les coûts montent en coulisses, quelqu’un paie la différence. Et ce quelqu’un, au final, c’est toujours la collectivité. Le problème n’est pas l’intervention de l’État. Le problème, c’est l’absence de visibilité sur la durée de cet effort, sur son financement réel, et sur sa compatibilité avec d’autres priorités nationales : eau, santé, école, souveraineté industrielle, adaptation climatique.

Il faut le dire franchement : un pays importateur d’énergie ne peut pas éternellement administrer les prix comme si la géopolitique n’existait pas. Or elle existe, et brutalement. Ce soutien évite un choc. Très bien. Mais si la crise dure, si les cours restent nerveux, si les tensions régionales s’installent, le débat changera de nature. Il ne s’agira plus seulement de tenir. Il faudra arbitrer.

Transport : une aide utile sur le terrain, ou un pansement de plus ?

Le troisième volet vise les professionnels du transport, avec une aide de 3 dirhams par litre de carburant entre le 15 mars et le 15 avril 2026, pour les taxis, bus, transport scolaire, touristique et rural. Le coût annoncé atteint 648 millions de dirhams par mois, et le versement de la première tranche a commencé le 2 avril. Là encore, le gouvernement mise sur une réponse ciblée, plus opérationnelle que symbolique.

Oui, cette mesure répond à une réalité concrète. Quand le carburant grimpe, les transporteurs encaissent immédiatement. Et derrière eux, toute la chaîne du quotidien suit : déplacements domicile-travail, ramassage scolaire, mobilité rurale, tourisme intérieur, transport de personnes. Sans soutien, la hausse se répercute vite, parfois brutalement. En ce sens, l’aide a une utilité économique et sociale évidente.

Pourtant, une question persiste. Pourquoi le Maroc revient-il, crise après crise, à des mécanismes correctifs d’urgence pour le transport, alors que la vulnérabilité du secteur aux prix énergétiques est désormais connue, documentée, presque chronique ? Le pays agit, oui. Mais il agit dans l’après-coup. On compense. On calme. On évite la contagion. Puis on recommence à la crise suivante.

Cette répétition finit par poser un problème de doctrine. Le soutien ponctuel devient-il la seule politique possible dès que le pétrole s’emballe ? Si tel est le cas, alors il faut le dire : notre modèle de résilience reste fragile. Il tient par l’intervention publique, pas encore par une transformation profonde du système.

1,65 milliard par mois : prudence budgétaire ou nécessité nationale ?

Au total, l’addition mensuelle frôle 1,65 milliard de dirhams. C’est énorme. Et en même temps, dans le contexte actuel, le gouvernement considère manifestement que le coût de l’inaction serait plus élevé encore : inflation, colère sociale, pression sur les entreprises, ralentissement plus large de l’activité. Cette logique n’a rien d’absurde. Elle est même, à court terme, défendable économiquement.

Ce qu’il faut éviter, en revanche, c’est la facilité du récit unique. Non, ces mesures ne sont pas une fuite en avant pure et simple. Elles traduisent aussi une capacité d’intervention de l’État, une volonté de protéger, une lecture lucide du risque social. Mais non plus, elles ne doivent pas être sanctifiées comme si elles résolvaient le fond du problème. Elles amortissent. Elles ne règlent pas.

Le vrai sujet, pour le Maroc, est peut-être là. Dans cette ligne étroite entre protection légitime et dépendance budgétaire. Entre paix sociale et report de réforme. Entre solidarité immédiate et soutenabilité de long terme.

Le pays a raison de ne pas abandonner ménages et professionnels à la brutalité des marchés. Ce serait économiquement risqué et socialement injuste. Mais il aurait tort de croire que la dépense publique, à elle seule, peut devenir une stratégie permanente face aux chocs extérieurs. Car une crise énergétique qui dure finit toujours par demander autre chose qu’un chèque : une doctrine, des priorités, une réorganisation.

​Au fond, la question n’est pas de savoir s’il fallait intervenir. Oui, il fallait intervenir.

La vraie question est plus marocaine, plus concrète, plus politique aussi : combien de temps encore l’État pourra-t-il acheter de la stabilité sans refondre les mécanismes qui rendent cette stabilité si chère ? Aujourd’hui, le gouvernement tient la ligne. Il protège, il compense, il rassure. C’est utile. C’est même nécessaire. Mais si cette facture mensuelle devient la norme, alors ce ne sera plus seulement une réponse à la crise. Ce sera un aveu silencieux : celui d’une économie encore trop exposée aux secousses du dehors. Et cela, pour un pays qui veut avancer, investir et garder sa cohésion, mérite mieux qu’un simple sursis.





Vendredi 3 Avril 2026

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