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L’Occident bégaie, le Maroc sur sa propre voie


L’Union européenne parviendra-t-elle à rendre opérationnel son fonds de relance doté de 750 milliards d’euros ? Le président américain Joe Biden réussira-t-il à convaincre la Russie et la Chine de s’embarquer dans sa croisade climatique mondiale ? Des interrogations qui concernent également le Maroc, partenaire de pays occidentaux qui semblent avoir perdu le cap.



A lire ou à écouter en podcast :

La Cour constitutionnelle de Karlsruhe est la plus haute juridiction allemande
La Cour constitutionnelle de Karlsruhe est la plus haute juridiction allemande
break_time500msl_occiden1616883578.mp3 L’Occident bégaie, le Maroc sur sa propre voie  (1.56 Mo)

La Cour constitutionnelle de Karlsruhe vient encore mettre le pied dans le plat des finances européennes. La plus haute juridiction allemande a décidé, le 26 mars, de suspendre la ratification du fonds de relance européen, doté d’une enveloppe de 750 milliards d’euros.

La raison invoquée est la même que celle avancée dans l’arrêt historique de la Cour de Karlsruhe en date du 5 mai 2020. La mutualisation de la dette entre pays membres de l’UE serait contraire à la Constitution de l’Allemagne.

En termes crus, pas question que les fourmis laborieuses des pays du Nord de l’Europe se solidarisent avec les cigales paresseuses et dispendieuses des pays du Sud du vieux continent. Ces dernières ne vont sûrement pas apprécier le peu d’estime que leur portent les magistrats allemands.

Confusion eurocratique

La gestion désastreuse de la pandémie du Covid par les instances eurocratiques de Bruxelles a laissé entrevoir l’échec patent d’une structure supra-étatique déjà fragilisée par la monnaie unique, qui a laminé la compétitivité des pays du sud de l’UE.

Après avoir longtemps douté du vaccin produit par le groupe pharmaceutique britannico-suédois AstraZeneca, voilà l’UE prête à en interdire l’exportation, jusqu’à recevoir toutes les doses commandées.

Le ton sévère adopté par la présidente allemande de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyer, prête à sourire.

Existe-il encore une industrie pharmaceutique européenne aptes à relever le défi de la pandémie du Covid semble être la véritable question que Bruxelles cherche à éluder. Il fut une fois, l’Institut Pasteur, en France…

La désunion fait l’Occident

Les Etats-Unis, qui disposent d’un stock de doses d’AstraZeneca, ont refusé, par ailleurs, de le livrer à l’UE. Pourtant, ce vaccin n’a pas encore été autorisé par Washington.

La solidarité transatlantique ne donne pas ainsi l’impression qu’elle sera meilleure avec Joe Biden qu’elle ne l’était avec Donald Trump.

La Hongrie a commencé à inoculer le vaccin russe Sputnik V et ce avant que Bruxelles ne l’autorise. Même au sein de l’UE, la désunion est de rigueur.

Encore plus lorsqu’il s’agit des relations avec la Russie. Le président français Emmanuel Macron a tombé le vaccin russe en flammes, ce à quoi les médias russes ont répondu en moquant la gestion française de la crise sanitaire.


Du gaz dans l’eau

Entre l'aigle américain et l'ours russe, une lutte existentielle
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Mais il n’y a pas que le Sputnik V qui divise les Européens au sujet des relations avec Moscou. L’Allemagne tient mordicus au gazoduc Nord stream II devant l’approvisionner directement de la Russie, sans passer par l’Ukraine.

Les efforts de Washington pour saboter ce projet et relancer le conflit en Ukraine se poursuivent, mais butent sur le peu d’enthousiasme des pays européens.

Le président Joe Biden vient, cependant, de trouver une nouvelle astuce pour plier à la volonté de l’Empire les récalcitrants souverainistes Russes et Chinois. Ce sera la lutte contre la crise climatique « sur le territoire national et à l’étranger ».

Le prétexte climatique

Sous le louable slogan du « sauvetage la planète », nombreux sont les observateurs qui n’ont pas manqué de relever que le fait de considérer les émissions de CO2 dans n’importe quelle partie du monde comme relevant de la sécurité nationale des Etats-Unis n’allait pas manquer de poser de sérieux problèmes.

Pour le sommet sur le climat organisé par les Etats-Unis, le 22 avril, le président Biden a déclaré que les présidents russe et chinois y seraient la bienvenue (virtuellement parlant puisque le sommet se déroule par visioconférence).

Mais ni Vladimir Poutine, ni Xi Jinping n’y ont été officiellement invités.

Il est, bien sûr, évident qu’aucun des deux leaders eurasiatiques, déjà les cibles préférés des médias occidentaux, ne risque d’apprécier que Washington lui dicte s’il peut lancer tel ou tel projet d’infrastructure, de maintenir ou supprimer tel ou tel activité économique au motif que son indice carbone serait élevé.

A bas la réalité !

Et puis qui va payer la facture de l’ambition « verte » du président Biden ? Les Etats-Unis croulent littéralement sous les dettes, plus de 22 mille milliards de dollars.

Le plan de relance Biden de 1.900 milliards de dollars, adopté le 10 mars par le Congrès, a toutes les chances de voir la monnaie ainsi produite ex-nihilo par la planche à billets disparaître dans le trou noir des marchés financiers.

De toute évidence, les dirigeants des pays occidentaux, meilleurs partenaires du Maroc, ont un problème de plus en plus grave avec la réalité.

Ils n’arrivent pas à admettre que leur hégémonie mondiale est déclinante. Ni que sa doublure, le globalisme teinté des valeurs de la gauche sociétale, ne fait même pas recette auprès de leurs propres peuples.


Moroccan way

Dans un tel contexte, ce qui est rassurant pour les Marocains est la voie tangente prise par le royaume, qui le distingue, tout en préservant la qualité de ses liens avec les pays occidentaux.

Une évolution que n’a pas manqué de relever l’agence de presse russe Sputnik, dans un article au titre provocateur, « Guerre contre le Covid19 : le Maroc rame à contre-courant ».

Il y est souligné que le confinement et le port du masque ont été décrétés au Maroc, alors que les pays occidentaux nageaient encore dans la brume.

Le traitement des malades infectés du virus à l’hydroxychloroquine s’y est également poursuivi, pendant que ce médicament faisait l’objet d’une véritable campagne de dénigrement en France.

De même dans le choix des vaccins de Sinopharm et AstraZeneca, tant décriés par les médias occidentaux. Il en a résulté que le Maroc est mieux classé en termes du nombre de personnes vaccinés, 12% de la population, que nombre de grands pays d’Europe (9%).

Faire le pont

Au Maroc, on ne badine pas avec la crise sanitaire
Au Maroc, on ne badine pas avec la crise sanitaire
Suite à la reconnaissance par les Etats-Unis de la marocanité du Sahara, le Maroc a reconduit, fin 2020, son accord de pêche avec la Russie, qui venait à peine de déclarer que la décision américaine à propos du Sahara n’était pas conforme au Droit international.

Alger doit bien en entendre pour ses juteux contrats d’achats d’armements, mais les affaires sont les affaires.

Quand aux Chinois, Dakhla et son port leurs donnent l’eau à la bouche. Le séparatisme, par contre, leur fait entendre des voix en ouighour et tibétain, ce qui fait rentrer les placides confucéens dans une rage folle. Donc, les polisariens…

Petit à petit, le Maroc fait son nid africain, qui constitue historiquement sa carte maîtresse.

Dans la reconfiguration géopolitique mondiale en cours, le fait de compter parmi les derniers amis sûrs du vieillissant Occident n’est pas, non plus dénudé d’intérêt pour le royaume, en termes d’investissement et de transfert de savoir-faire.



Ahmed Naji


Rédigé par Ahmed Naji le Samedi 27 Mars 2021

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