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L’économique peut-il se prétendre apolitique ?




Quand le syndicat patronal, la CGEM, modifie ses statuts pour empêcher ses membres dirigeants d’avoir une affiliation politique, c’est là une décision éminemment politique.

La réaction du Comité exécutif du parti de l’Istiqlal consistant à rejeter cette décision est, donc, aussi normale que nécessaire. Parce que prétendre que le staff dirigeant de l’entité juridique représentant le secteur privé auprès des pouvoirs publics se doit d’être politiquement « neutre » est plutôt inquiétant.

La première question qui vient alors à l’esprit est quels sont les intérêts politiques que la modification du règlement intérieur de la CGEM, prise en année électorale, favorise ? En fait de neutralité, c’est exactement la position inverse, une partialité qu’aucun narratif ne saurait occulter, que la CGEM a adopté.

Il serait simpliste de réduire cette affaire à une escarmouche préélectorale entre les partis de l’Istiqlal et le RNI, car, en appelant les choses par leurs noms, c’est bien de cette formation politique qu’il est question.

Il s’agit d’abord et avant tout de savoir si l’entité qui a un statut juridique lui permettant de parler au nom des employeurs n’est pas en train de prendre les Marocains pour des imbéciles.

Les opérateurs économiques privés membres de la CGEM sont des citoyens comme les autres, ayant les mêmes droits et devoirs constitutionnels. Déjà, l’idée de « neutraliser » politiquement son staff dirigeant est au mieux malsaine, au pire mensongère.

La libre expression de la diversité des adhésions politiques des membres de la CGEM, quel que soit leur statut au sein de cette organisation professionnelle, est rassurante pour le commun des citoyens. C’est, en fait, la garantie que la structure, en tant que telle, ne prétend à aucune coloration partisane.

Prétendre que la direction du syndicat patronal se doit à la « neutralité » amène à se poser des questions sur la nature de cette dernière. Si les différences d’opinion politique sont ainsi bâillonnées, il y a au moins un courant de pensée qui en profite et d’autres qui en sont lésés.

La crainte est alors légitime de voir s’imposer au sein de cette structure socioéconomique, dont l’importance n’est pas à démontrer, un courant de pensée unique, une sorte de carcan idéologique partisan qui refuse de s’afficher en tant que tel pour ne point assumer ses responsabilités.

Jusqu’à présent, quand le président, vice-président de la CGEM et les présidents des fédérations avaient des affiliations politiques, il n’en était jamais fait secret. Bien au contraire, les principaux concernés et les partis auxquels ils appartenaient s’en réjouissaient.

Ils recueillaient, alors, les fruits d’une bonne gouvernance et des choix réussis de l’instance patronale lors de leurs mandats. Ou, dans le cas contraire, s’en faisaient blâmer.  

Nombre d’anciens dirigeants de la CGEM ont, d’ailleurs, occupé par la suite des fonctions ministérielles et personne ne s’en est jamais offusqué. La transparence étant de rigueur, chacun sait à quoi s’en tenir et c’est bien, ainsi. 

Le parti de l’Istiqlal est donc justifié de tirer la sonnette d’alarme à ce sujet. Il n’y a rien de pire, en effet, qu’une mainmise non-assumée d’un courant partisan sur l’instance patronale. Toute expression d’une vision politique différente est, de la sorte, écartée. Une dictature qui ne dit pas son nom.

Tout est politique, disait Antonio Gramsci, un orfèvre en la matière. Carl Schmitt, pourtant à l’autre bout du spectre idéologique, n’en disait pas moins. Et ce n’est pas un narratif adoptant le vocabulaire du « politiquement correct » qui parviendrait à modifier cette réalité historiquement démontrée.

Le jeu politique a ses règles, acceptées par tous, qui ne doivent pas être dénaturées, au risque de tout fausser. Essayer de faire passer la partialité pour de la neutralité au sein de l’organisation représentant légalement le secteur privé auprès des autorités, c’est cela qui suscite malaise et suspicion.

Refuser de jouer franc-jeu en essayant de faire passer des vessies pour des lanternes ne saurait être admis.

Par Ahmed NAJI



Jeudi 18 Février 2021


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