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L’étrange cas du Dr. El Othmani et de M. Benkirane


La tempête médiatique soulevée par le gel de l’ancien chef du gouvernement et leader charismatique du Pjd, Abdelilah Benkirane, de son appartenance à cette formation politico-religieuse, étant retombée, il est temps d’y revenir avec moins de frénésie pour mieux l’interroger. De quel message le double-discours pjdiste est-il porteur ?



A lire ou à écouter en podcast :

"Je t'aime... Moi non plus !"
"Je t'aime... Moi non plus !"
break_time500msl_etrange1615987999.mp3 L’étrange cas du Dr. El Othmani et de M. Benkirane  (1.22 Mo)

A ma droite, le Dr El Othamni et l’élite ministérielle et ministrable du Pjd, dont la flexibilité idéologique n’a d’égal que l’appétit pour les maroquins. A ma gauche, M. Benkirane et la base partisane du parti islamiste, ceux là même qui ont permis aux premiers cités d’obtenir leurs postes ministériels ou d’y prétendre.

Entre les deux camps, l’opinion publique nationale est invitée à assister à un combat-spectacle du genre des vieux matchs de catch truqués pour amuser la galerie. 

Seulement, voilà, le cas étrange du Dr El Othmani et de M. Benkirane, similaire à celui des protagonistes du roman de Robert Stevenson*, empêche le bon déroulé du scénario.

Quand l’un se manifeste, c’est que l’autre a dû s’éclipser pour laisser place.


Oui et non

Pour mieux appréhender le problème dans la durée, partons de la question du français en tant que langue d’enseignement qui avait, en 2019, amené M. Benkirane à inviter le Dr. El Othmani à présenter sa démission pour ne pas avoir à entériner des décisions contraires à ses « convictions ».

Que s’est-il passé par la suite ? Rien ! Ou presque. La loi-cadre relative au système éducatif a été adoptée et tout le monde est resté là ou il était. Bilan de l’opération : ce qui devait être fait l’a été, mais grâce à l’artifice médiatique, les apparences ont quant même été préservées et l’« honneur » est, ainsi, sauf.

La similitude avec la récente mise en scène pjidiste sur le thème du projet de loi légalisant l’usage du cannabis à des fins médicales et industrielles est frappante. Tout le monde est d’accord pour briser le mur de l’hypocrisie.

Les agriculteurs du cannabis pourront, enfin, respirer l’air frais de la légalité. Les narcotrafiquants se verront ainsi obligés de se chercher d’autres manières, plus conformes à la loi, de gagner leurs vies.

Cerise sur le gâteau, le Maroc est désormais légitimé de rentabiliser, en vertu de la législation internationale, une plante médicinale aux effets socioéconomiques bénéfiques dont il est stupide de se priver.

Déphasage temporel

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Les islamistes sont peut être rétifs à toute évolution socioculturelle, mais politiquement, ils sont loin d’être idiots. Pris en porte-à-faux entre une majorité de la classe politique, appuyée sur une tout aussi large frange de l’opinion publique, et leur base partisane idéologiquement embrigadée, le Dr. El Othmani a rempli son rôle et M. Benkirane le sien.

Plutôt que de schizophrénie pjidiste, il semble plus judicieux, même si cela peut être un peu vexant pour des islamistes, de se référer à une divinité de la mythologie grecque, Janus, dit « bifrons », en raison de sa représentation à deux visages, l’un regardant vers l’avenir, l’autre vers le passé. Les deux faces de cette même entité sont inséparables, allant jusqu’à se justifier mutuellement.

Depuis sa fondation par la dynastie Idrisside, il y a plus de 1.200 ans, l’Histoire du Maroc peut être représentée par une courbe sinusoïdale, les dynasties s’alternant au gré de principe de la « Assabia » si bien décrit par Ibn Khaldoun.

La durabilité de la dynastie Alaouite s’est inscrite dans sa capacité à adapter les structures politico-administratives du pays à l’évolution des contextes local et extérieur, permettant au Maroc de prétendre à une stabilité sociopolitique gage de son développement.

En cela, le Maroc tient plus du Japon que de l’Iran. Ce sont les anciennes traditions qui ont pris des formes plus modernes, et non des concepts étrangers qui ont été déguisés avec des habits autochtones anciens.


En paix avec soi

Face à une accélération de l’Histoire, annonciatrice de temps nouveaux pour l’ensemble de l’humanité, le Maroc ne peut se permettre d’être gouverné par des personnages spirituellement déchirés entre une conception passéiste et magnifiée de la société et la conscience taraudante que le réel se moque de leur idéologie.

Les leaders pjidistes se sentent piégés. Ils ne peuvent évoluer sans se renier auprès de ceux à qui ils ont inculqués que l’on peut vivre selon les normes socioculturelles du 1er siècle de l’Hégire au 15ème. A l’inévitable aggiornamento doctrinal, ils préfèrent les artifices de la communication.

Alors, franchement, que le tribun M. Benkirane gèle son appartenance au Pjd et lance un Pjd-bis pour revigorer l’islamisme politique, ou que le Dr. El Othmani parvient à maintenir sous une même coupole les endoctrinés sans-rien et les pragmatiques par gourmandise, les Marocains ont besoin d’hommes d’Etat bons patriotes, en paix avec eux-mêmes et en phase avec le reste du monde.

Vous savez quel est le plus grand problème des psychiatres ? Ils ne peuvent procéder à leur propre analyse. Le temps que le Dr. El Othmani se remette en question, M. Benkirane a quitté les rangs. Impossible de briser une symbiose se manifestant par alternance contradictoire sans achever le patient.

*"L'étrange cas du Dr Jekyll et de M. Hyde" est un roman de Robert Louis Stevenson, publié en 1886





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Dimanche 14 Mars 2021

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