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La France s’incline au Mali


Le président français Macron a annoncé la fin de l’opération Barkhane, au Mali. Paris n’a plus les moyens de ses ambitions. Les Russes attendent au tournant.



Le Mali, c'est fini, et dire que c'était le pays de mon dernier 'baroud'...
Le Mali, c'est fini, et dire que c'était le pays de mon dernier 'baroud'...
La nouvelle est tombée telle une roquette de mortier sur les têtes des journalistes qui assistaient à la conférence de presse du président Macron, le 10 juin.

L’opération Barkhane au Mali, c’est fini.

Déclenchée en août 2014, Barkhane s’inscrit dans la continuité de l’opération Serval, qui a duré de janvier 2013 à juillet 2014.

Les jihadistes alliés aux rebelles Touaregs ont été empêchés de prendre Bamako, mais n’ont jamais été vraiment évincé du Nord du Mali.

Macron a annoncé que la présence française dans ce pays sahélien va connaître une ‘transformation profonde’ (sic !).

Un euphémisme pour signifier que les soldats français vont plier bagages, sans être parvenu à vaincre des groupes jihadistes de plus en plus actifs au Nord.

Piètres alliés

Il est question d’une prise de relais par la ‘Task Force Takuba’, qui regroupe quelques troupes de pays européens et africains, l’armée française en constituant la ‘colonne vertébrale’.

L’idée n’est pas nouvelle, la ‘Task Force Takuba’ existe depuis mars 2020 et Paris espérait déjà qu’elle pourrait soulager quelque peu la pression sur les forces de l’opération Barkhane.

Peine perdue. Les pays européens ne semblent pas vouloir en faire plus que de beaux discours creux et voir leurs fanions figurer parmi les pays participants.

Ce n’est pas le contingent suédois de 150 hommes ou les quelques soldats des forces spéciales tchèques qui vont faire peur aux jihadistes.

Quand aux contingents africains du ‘G5 Sahel’ (Mali, Mauritanie, Burkina Faso, Niger et Tchad), ils sont trop faiblement formés, entraînés et équipés pour contrôler les 818.613 kms2, surface cumulée des trois régions du Nord, Tombouctou, Gao et Kidal, plus étendue que celle du Maroc (710.550 kms2).

Seule l’armée tchadienne semble quelque peu sortir du lot, la combativité de ses troupes n’étant plus à démontrer. Dans toute cette région, le seul pays qui dispose d’une armée véritablement professionnelle est le Sénégal, mais il ne fait pas partie du G5 Sahel.

Jihadistes métamorphes

Quand aux jihadistes, il faut souligner qu’aussi bien Al Qaïda que Daech sont présents au Sahel, mais ont adopté des stratégies différentes.

Si la première s’est adaptée au contexte local et soutient les revendications des rebelles Touaregs, le second, fidèle à son racisme et ses ambitions califales, se comporte en conquérant, avec pour cible principale les rives de l’océan atlantique.

Tous les groupes jihadistes ont, toutefois, adopté la même stratégie en paliers. De petites unités de quelques véhicules et motocyclettes, la mobilisation peut passer à des groupements de combat quantitativement plus importants.

Quand la pression des forces anti-terroristes devient insoutenable, les groupements importants éclatent en plusieurs unités à effectifs réduits. Ces dernières peuvent, en cas extrême, se mettre en sommeil en se diluant au sein des populations.

Ce qui rend la situation encore plus complexe sont les connexions entre groupes jihadistes et narcotrafiquants, ce qui se traduit par des complicités non-idéologiquement motivées, mais pour des considérations plutôt vénales.


Apprentis Napoléons

Prêt pour un coup d'Etat ?
Prêt pour un coup d'Etat ?
L’armée française, pour sa part, a perdu le soutien des Maliens du Sud, qui n’ont jamais avalé que celle-ci laisse la ville de Kidal entre les mains des rebelles Touaregs, empêchant même l’armée malienne d’y pénétrer.

La suspicion sur les motivations et visées réelles des Français au Mali les a coupés des populations, sans lesquelles aucune opération extérieure ne peut être menée à bien.

La succession d’évènements récents qui sortent de l’ordinaire, autant au Mali et au Tchad qu’en France, a de quoi interpeller, même s’il n’est pas possible d’en tirer des conclusions tranchées.

Au Tchad, le fils du président élimine son père. Au Mali, les militaires prennent le pouvoir après un putsch qui a à peine suscité quelques vagues sanctions internationales contre la nouvelle junte. En France, une partie de la grande muette s’est mise à hurler comme une meute de loups.

Là encore circulent des informations du genre impossible à vérifier. Le président Macron serait ‘gentiment’ invité à ne pas se présenter pour un nouveau mandat. Sinon, il se trouverait toujours un ‘Chacal’ qui vise bien et tout le monde n’a pas la veine du Général De Gaulle.

Dans tous ces pays, donc, des galonnés se voient en sauveurs de la nation en ‘perdition’, alors que les ‘barbares’ sont aux portes de la cité.

Ces militaires sont, par ailleurs, tous en contact entre eux, justement à travers leur collaboration au sein de l’opération Barkhane.

Désert surpeuplé d’appétits

Le retrait français du Mali est la deuxième gifle cinglante de la semaine, mais cette fois c’est l’armée française qui l’a reçue.

A Moscou, les mercenaires de Wagner nettoient leurs fusils d’assaut et sortent leurs treillis de camouflage désert, en attendant les ordres du Kremlin de marcher sur le Nord du Mali et son sous-sol riche en uranium.

Malgré son échec en Libye, le Tsar Poutine est tenace, ses gars ont déjà appris aux Centrafricains à dire ‘spasiba’ (merci en russe).

Plus au Nord du Mali, au nord-ouest exactement, les forces américaines s’exercent avec celles du Maroc et du Sénégal à combattre les groupes terroristes. L’Algérie constate, par contre, avec regret, que les polisariens sont de médiocres proxys.

Ils avaient pour mission de créer un espace au Sud du Maroc pour y déplacer les Sahraouis algériens, de manière à laisser place aux Touaregs dans la Wilaya de Tindouf et dégager leurs territoires riches en hydrocarbures.

Le Sahara et le Sahel se révèlent, soudainement, moins désertiques qu’il n’y paraît.

C’est l’occasion d’une petite pensée pour nos frères Touaregs de l’Azawad, si fiers de leurs liens historiques avec la monarchie marocaine et victimes de la tempête de sable qui balaie tout sur son chemin au Sahara et au Sahel.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Vendredi 11 Juin 2021

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