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La vie plus chère et moins plaisante


Le nouveau gouvernement a pris ses fonctions avec un préjugé favorable. Des compétences, femmes et des jeunes, l’image est idyllique. Puis vint l’obligation du passe vaccinal…



A lire ou à écouter en podcast

naji.mp3 naji.mp3  (2.01 Mo)

Tous les Marocains étaient curieux de voir comment est-ce que le nouveau gouvernement allait opérer la relance et mettre en œuvre le nouveau modèle de développement.

Les dix longues années de piètre gouvernance islamiste ont fait que l’opinion publique nationale était prête à applaudir la moindre performance de la nouvelle équipe gouvernementale.

Pas forcément une action d’éclat, mais juste une décision pertinente qui puisse renforcer la foi en l’avenir, sous la houlette du nouveau gouvernement.

Stabiliser la Santé

Le remaniement ultra-rapide, qui a vu l’ancien ministre de la santé reprendre son poste et la part des femmes reculer d’un maroquin, a vite été balayé comme simple correctif, certes regrettable du point de vue de la parité escomptée, mais somme toute tolérable.

Après tout, garder le même ministre de la santé qui a géré la crise pandémique depuis son apparition peut sembler justifié.

Un nouveau titulaire du poste aurait besoin d’un temps d’adaptation que la situation épidémiologique peut, en cas de soudaine nouvelle vague de contaminations, lui refuser.

Nul ne s’attendait au surprenant du communiqué annonçant l’obligation de disposer, deux jours après, du passe vaccinal afin de pouvoir continuer à vivre un tant soi peu normalement.

Hystérie collective

Du jour au lendemain, les Marocains non-vaccinés sont passés du statut de citoyens à celui de parias. Ceux que le ministre de la santé vient récemment de qualifier de ‘minorité’, qui tenterait d’imposer sa volonté aux autres, ne se sont pas gênés pour sortir dans la rue crier leur refus de l’obligation du passe vaccinal.

Ainsi, ce qui devait initialement constituer une démarche destinée à renforcer l’immunité collective des Marocains est devenue un facteur de ségrégation et de division.

Résultat d’une communication mal engagée, des manifestants par centaines qui battent le pavé dans plusieurs villes du royaume. Et des forces de l’ordre qui n’y vont pas de main morte pour disperser les regroupements sur la voie publique.


Fièvre du coût de la vie

Le tout devant les caméras des médias et des simples citoyens, promus journalistes occasionnels par la grâce des smartphones, qui se sont empressés de diffuser les images du démantèlement musclé des manifestations les réseaux sociaux. Le nouveau gouvernement n’avait pas vraiment besoin d’une telle mauvaise publicité.

Le contexte socioéconomique ne s’y prête pas, non plus. Du fait de la crise sanitaire et des perturbations logistiques des chaînes d’approvisionnement qui en ont découlé, outre un renchérissement des prix des hydrocarbures, une hausse du coût de la vie était prévisible depuis quelques temps déjà.

Le nouveau gouvernement n’est pour rien dans ce coup porté au pouvoir d’achat des Marocains, dans le sens ou c’est une tendance mondiale. Sauf qu’il se doit de la gérer.

Poches vides, seringues pleines

Surtout que les opérateurs économiques, et encore plus les travailleurs indépendants, n’ont même pas encore eu le temps d’amortir, ne serait-ce que partiellement, les pertes essuyées du temps du confinement.

On demande, donc, à des poches vides de se faire injecter, illico presto, le vaccin anti-covid, afin d’avoir droit au sésame qu’est le passe vaccinal et pouvoir vaquer à ses activités. Sans cela, les poches vont demeurer vides.

On ne peut pas dire que ce soit très intelligent de chercher à tordre le bras même à une ‘minorité’ de citoyens. Surtout quand ils sont motivés, dans leur prise de position anti-vaccinale, essentiellement par la peur.
 

Passe pour le développement

Bien sûr, les manifestations ont ceci de particulier qu’elles permettent la superposition et la confusion des revendications les plus diverses. Le passe vaccinal a surtout servi de puissant catalyseur.

Les Marocains ont besoin d’avoir confiance en leur nouveau gouvernement. Qui ne peut, pour sa part, mettre en œuvre son programme sans le soutien des citoyens.

Le nouveau modèle de développement attend d’être vacciné contre la précipitation et les erreurs de communication afin d’obtenir son passe et prendre son chemin vers un Maroc démocratique et prospère.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Jeudi 4 Novembre 2021