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Le mariage par la FATIHA, en hausse, atteignant 13% en milieu rural


Société civile, juristes et organismes internationaux ont toujours milité pour des lois efficaces qui incriminent les actes de violence, de discrimination ou autres. De nos jours, ils sont de plus en plus réticents, considérant que les lois ne suffisent pas. Elles structurent et cadrent mais ne permettent pas de changements radicaux, surtout quand certains articles de lois sont contradictoires.



En effet, l’art 19 du Code de la Famille (CF) limite le mariage à 18 ans et l’article 20 donne l’autorisation au juge de marier la mineure avant la capacité matrimoniale. D’où la hausse des mariages des mineures. Les motifs de la dérogation (expertise médicale, audit des parents…) donnent lieu à des droits de regard différents et à des recours qui sont des violations de droits d’enfants. Ce qui nécessite l’unification des sentences, au sein des tribunaux, au niveau national et régional. L’autre mesure qui a augmenté le phénomène a été la vague de campagnes d’authentification de mariage de la part de l’Etat.

La problématique est profonde, elle dépasse le volet socio-économique. Les mentalités, la pauvreté, la précarité, la non-scolatisation, l’analphabétisation, le foyer surchargé, le patriarcat, l’absence de l’état civil, les tabous qui entourent les questions sexuelles sont autant de facteurs qui poussent aux mariages d’enfants de moins de 18 ans.

Mettre fin au fléau est difficile. Plusieurs voies peuvent être envisagées. La refonte du CF est certes une revendication  de la société civile, mais, dans l’immédiat, la demande incessante est d’en supprimer l’article 20. Il est aussi sollicité de fixer un âge maximal aussi bien pour la mineure que pour le mari (qui ne doit pas être vieux et se marier avec une mineure).

« Comme déclaré par un représentant de l’UNICEF, si ces enfants ne sont pas en mesure de signer un contrat ni de conduire une voiture, ils ne sont pas aptes à se marier. La mineure n’est pas capable de discernement ».

 

Le regard associatif

L’association Droits et Justice avait  dévoilé, il y a quelques mois à Casablanca,  les résultats d’une enquête un peu particulière, s’étalant sur plus de 10 mois, sur le mariage des mineures. L’étude s’est appuyée principalement sur trois points : l’environnement de départ de l’épouse mineure (sa famille), celui d’arrivée (chez l’époux) ainsi que la nature et la qualité de l’épouse mineure après le mariage. Il était impératif de focaliser sur ces trois situations pour comprendre le phénomène et mettre le couteau sur la plaie. L’approche purement statistique a montré que la problématique est autre, dans les conditions de vie, dans l’obscurantisme et les tabous.

 

Statistiques de l’enquête

Les douze régions du Royaume sont touchées par ce fléau, à des degrés près. Il y a une recrudescence du mariage coutumier des mineures par la Fatiha, selon l’enquête, touchant à 10,79% les filles. Aussi, 13% de ces mariages se font en milieu rural et 6,56% en milieu urbain. Ils se concentrent dans la région Draa-Tafilalet (entre 14 et 17 ans), une région où ce mariage est à égalité avec le taux de mariage contracté. Béni Mellal-Khénifra (âge : de 14 à 16 ans) est également fortement touchée, suivie de Tafilalet.

Les causes données par les intervenants sont tout d’abord la pauvreté et la précarité, suivies du taux d’analphabétisme élevé. La moitié des enquêtées mineures mariées sont illettrées (47, % en milieu rural). Le niveau d’instruction des parents est également bas : 74,35% d’entre eux (soit 3 sur 4) sont analphabètes. Quant aux mères, elles mêmes ont été, pour la plupart, mariées à moins de 15 ans. Le terrain est donc favorable à un transfert de comportements. Pour ce qui est de la situation économique des pères,  32% ont un salaire inférieur à 2000 dhs (avec 60 dhs par jour, nourrir une famille est un exploit), d’où la nécessité de se débarrasser d’une bouche de trop.







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