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Le soleil marocain peut-il alimenter une intelligence artificielle souveraine ?

Wald Maâlam face au défi énergétique, culturel et cognitif de l’IA.


Par Dr Az-Eddine Bennani.

Depuis plusieurs mois, le monde découvre avec fascination que l’intelligence artificielle n’est pas uniquement une révolution logicielle. Elle devient progressivement une industrie énergétique, industrielle et géopolitique.

Derrière chaque réponse produite par un agent conversationnel, derrière chaque image générée, chaque traduction automatique ou chaque moteur de recommandation, se cachent désormais des centres de données gigantesques, des milliers de processeurs spécialisés et une consommation massive d’électricité.



L’IA moderne transforme l’énergie en calculs.

Et ces calculs produisent aujourd’hui de la valeur économique, de l’influence et du pouvoir. Dans plusieurs pays, une idée commence à émerger : l’électricité pourrait devenir le nouveau pétrole de l’économie numérique.

Mais Wald Maâlam souhaite ici poser une autre question, plus profonde et plus marocaine : « Et si le soleil marocain alimentait demain une intelligence artificielle enracinée dans nos cultures, nos langues, nos savoir-faire et nos réalités sociales ? »

Car le Maroc possède aujourd’hui des atouts rarement réunis dans un même pays : un potentiel solaire exceptionnel, une position stratégique entre l’Europe, l’Afrique et le monde arabe, une infrastructure numérique en développement, une jeunesse créative et un patrimoine culturel et artisanal d’une richesse immense.

Pendant des décennies, les économies se sont construites autour des matières premières, de l’énergie fossile et des capacités industrielles.

L’économie de l’IA introduit une nouvelle logique : la donnée devient elle-même un facteur de production. Mais toutes les données n’ont pas la même valeur.

Les grandes plateformes mondiales disposent déjà d’immenses volumes de contenus standardisés provenant du web, des réseaux sociaux et des moteurs de recherche.

En revanche, beaucoup de savoirs humains contextualisés restent encore peu numérisés : les gestes artisanaux, les savoir-faire traditionnels, les dialectes, les pratiques sociales, les méthodes de transmission orale et les connaissances implicites des métiers.

Or le Maroc possède précisément cette richesse. Le Maâlam marocain détient souvent un savoir qui ne se trouve ni dans les livres, ni dans les bases de données internationales.

Ce savoir est gestuel, expérientiel, contextuel et transmis par l’observation, la pratique et le temps. Le caftan, le zellige, le cuir, le bois sculpté, la gastronomie, les métiers du cuivre, l’architecture traditionnelle ou encore les techniques agricoles locales constituent un capital cognitif considérable.

Et c’est ici que l’intelligence artificielle pourrait paradoxalement devenir un outil de préservation, de transmission et de valorisation.

Non pas pour remplacer le Maâlam, mais pour documenter les savoirs, préserver les gestes, transmettre les connaissances, développer des assistants métiers, créer des plateformes éducatives et produire des systèmes intelligents adaptés à nos réalités. Le véritable enjeu n’est donc pas uniquement technologique. Il est aussi culturel, économique et civilisationnel.

Car celui qui contrôle les infrastructures, les données, les modèles, les langues et les plateformes contrôle progressivement les représentations du monde.

Aujourd’hui, une grande partie des modèles d’IA dominants sont entraînés principalement sur des contenus anglophones et culturellement homogènes.

Le risque est alors évident : importer demain des intelligences artificielles incapables de comprendre la darija, le tamazight, les réalités africaines ou les subtilités culturelles locales.

Une IA décontextualisée peut rapidement devenir une machine à produire des biais, des exclusions et une nouvelle forme de dépendance cognitive.

Le Maroc doit donc éviter deux pièges. Le premier serait de devenir uniquement un consommateur passif de solutions étrangères. Le second serait de devenir simplement un fournisseur d’électricité verte, de terrains pour data centers, de données locales gratuites ou de main-d’œuvre numérique à faible valeur ajoutée.

La véritable souveraineté consiste à produire de la valeur intellectuelle.

Cela suppose des chercheurs, des ingénieurs, des linguistes, des sociologues, des artistes, des artisans, des éducateurs et une vision stratégique nationale cohérente. Le soleil marocain pourrait effectivement alimenter des centres de calcul.

Mais sans stratégie cognitive et industrielle, ces infrastructures risqueraient seulement d’alimenter les modèles des autres. L’enjeu est donc de transformer simultanément l’énergie solaire, les données locales, les savoir-faire marocains et les compétences humaines en un véritable écosystème d’intelligence artificielle contextualisée.

Le Maroc pourrait alors développer une position originale dans le monde : non pas copier les géants américains ou chinois, mais construire une IA frugale, multilingue, culturelle, éthique, enracinée et adaptée aux réalités africaines et méditerranéennes.

Car la prochaine bataille de l’IA ne sera probablement pas uniquement celle de la puissance technologique.

Elle sera aussi celle des cultures, des langues, des imaginaires et des modèles de société. Et dans cette bataille silencieuse, le soleil du Maroc pourrait peut-être éclairer bien davantage que des panneaux photovoltaïques.

Par Dr Az-Eddine Bennani.



Vendredi 22 Mai 2026


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