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Les TPME, entre slogans creux et triste réalité


Il faut encourager les TPME, nous dit-on, parce qu’elles représentent 95% de l’appareil économique et sont créatrices d’emploi. Au guichet de la banque, le loyer de l’argent leur coûte plus cher qu’aux grandes entreprises. Leurs clients dépassent les trois mois pour les payer. En fin de compte, qui finance qui ?



De l'argent plus cher ? Des délais de paiement clients plus longs ? Veuillez appuyer sur la touche, svp
De l'argent plus cher ? Des délais de paiement clients plus longs ? Veuillez appuyer sur la touche, svp
Pas besoin d’avoir fait la London School of Economics pour lire certains chiffres.

Ils n’ont pas besoin d’être interprétés, ils parlent d’eux-mêmes.

Au terme du 1er trimestre de l’année en cours, les TPME sont amenés à payer 0,4 point plus chers leurs emprunts auprès du système bancaire, nous apprend le confrère l’Economiste.

Mais il paraît qu’il ne faut pas trop s’inquiéter, puisque les taux d’intérêts versés par les TPME auraient reculé de 0,93 point par rapport à la même période de l’année écoulée.

Mais seulement de 0,1 point par rapport à l’ensemble de l’année.

En tout cas, les grandes entreprises marocaines n’ont pas à se plaindre de hausse du coût de l’argent. Bien au contraire, jamais les taux bancaires ne leur ont été aussi favorables.

Risques réels et garantie 'virtuelle'

L’écart en matière de coût de l’argent entre grandes entreprises et TPME est passé de 0.36 à 1 point, en trois mois.

Le raisonnement des banquiers est simple. Les créances en souffrance ont grimpé de 8,6% en un an. Elles se chiffrent à 45,6 milliards de dirhams.

Et comme il est estimé que les défaillances d’entreprises vont s’aggraver de 25 à 30% cette année, la hausse des taux va venir récompenser le risque amplifié ainsi pris.

Mais là, on est amené à se poser des questions sur l’efficience de l’action de la Caisse Centrale de Garantie, censée apporter sa garantie justement aux crédits accordés aux TPME.

Sans entrer dans les détails des divers produits crées pour soutenir l’accès des TPME aux financements suite à la pandémie et des sommes ainsi mobilisées, on ira à l’essentiel : les banquiers ne semblent pas en tenir compte lorsqu’il s’agit de facturer leurs prêts à cette fragile catégorie d’entreprises.

TPME prêteuses d'argent

Dans son rapport pour l’année 2021, l’Observatoire des délais de paiement nous apprend que la trésorerie des TPME souffre d’une autre difficulté.

Leurs clients mettent beaucoup de temps à les payer. En 2018, cela représentait un volume moyen de 152 jours de ventes.

Leurs fournisseurs, par contre, ne leurs accordent que des délais courts pour se faire payer. La masse moyenne assumée est de 105 jours d’achats.

Pour rappel, la réglementation impose un seuil de 60 jours d’achats. Il est donc dépassé de 45 jours (Voir l’article détaillé de Noureddine Batije à ce sujet*).

Plus simplement, une TPME doit, relativement, vite payer ses fournisseurs et attendre certainement longtemps pour se faire payer par ses clients.

Le verdict des chiffres : les entreprises marocaines sont, en fin de compte, en position prêteuse à hauteur de 73 jours de chiffre d’affaires, en moyenne. D’où la question, qui finance qui ?

Culture entrepreneuriale et développement

Payer pour emprunter de l’argent au système bancaire, encore plus cher que les grandes entreprises, et le prêter gratuitement, pendant plus de trois mois, aux clients, c’est sûr que les trésoreries des TPME vont toujours nager dans les difficultés.

Il est intéressant de noter que l’Etat et les collectivités locales ont amélioré leurs délais de paiement, mais pas le secteur privé.

Il n’est pas possible de réformer la culture entrepreneuriale des opérateurs économiques nationaux par des textes réglementaires, comme c’est le cas pour les entités publiques.

Or, la mentalité qui prévaut au sein d’une partie des milieux d’affaires n’est pas de bon augure en ce qui concerne la mise en œuvre réussie du futur modèle de développement.

Addiction aux fonds publics

La marocanisation des années 70 du siècle écoulé devait, dans l’esprit de ses concepteurs, générer une classe de capitaines d’industrie capables de dynamiser l’économie nationale.

Un demi-siècle après, on a hérité d’investisseurs frileux et de mauvais payeurs, tous souffrant d’une affreuse addiction aux fonds publics.

D’une part, l’injection d’argent dans le circuit économique, et les risques financiers qui vont avec, est à la charge des petites entreprises et des contribuables (d’où proviennent les fonds publics).

De l’autre, l’accès à de l’argent bon marché et aux marchés publics est au profit des grandes entreprises.
Ce n’est pas du libéralisme, c’est de l’escroquerie.

*(https://www.lodj.ma/L-observatoire-des-delais-de-paiement-rend-sa-premiere-copie_a10160.html)





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Mardi 11 Mai 2021

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