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Les futurs médecins en manque de soins




Neuf étudiants en médecine sur dix tendent la main à leurs parents pour subvenir à leurs besoins quotidiens. Près de deux sur trois d’entre eux se passent régulièrement de quelques repas, faute de pouvoir se les payer. Se rendre aux restaurants universitaires, éloignés des endroits de formation, n’est pas gratuit, non plus.
 
Le cours sur la malnutrition, écouté par des étudiants ayant la faim au ventre, est sûrement ainsi mieux compris. Rien ne vaut l’expérience personnelle d’une pathologie pour ceux qui auront, par la suite, à en traiter, n’est-ce pas Mesdames et Messieurs les décideurs ?

Et ce sont ces jeunes gens sur lesquels compte le Maroc pour assurer, dans l’avenir, les soins médicaux de sa population. Il ne faudrait alors pas s’étonner si le système de santé marocain est aussi malade.

Cette triste réalité a été révélée par une enquête, la première du genre, réalisée par la Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et pharmacie (Cnemep) sur les conditions économiques et sociales des étudiants.

On apprend au travers du rapport de ladite enquête qu’au cours des deux premières années d’études en médecine et chirurgie dentaire, les trois premières pour ceux en pharmacie, les étudiants n’ont droit à aucune bourse. Par la suite, ils ont droit à 630 Dhs par mois, chiffre qui grimpe à 2.000 Dhs quand ils atteignent l’étape de l’internat.

Totalement insignifiants une fois rapportés au coût de la vie, ces montants doivent sûrement avoir été calculés par les responsables publics pour préparer psychologiquement les futurs médecins à la réalité de leur futur travail en milieu hospitalier. C’est à dire faire des miracles à partir de presque rien.

Le futur médecin marocain doit pouvoir reconnaître, au premier coup d’œil, le mal nourri, puisque c’est un état de santé qui lui a été familier durant sa formation. Il saura, dans ce cas de figure, que le médicament à prescrire pour soigner ce mal ne se trouve pas en pharmacie. L’état de santé financière du système de couverture social en sera, donc, préservé.

Le futur médecin devrait également apprendre à laisser aux patients qu’il ausculte le temps de retrouver leur souffle après de longs trajets, ayant lui-même du couvrir, du temps ou il était encore étudiant, des distances, pour se rendre à ses cours, proportionnellement inverses aux montants des loyers.

Une fois sa formation achevée, dans les conditions suscitées, il est, bien entendu, attendu du futur médecin de faire preuve de compassion et de générosité, bref de toutes les attentions dont il n’a pas lui même bénéficié.

A bien observer cette situation, il apparaît un mode de sélection des étudiants en médecine, chirurgie dentaire et pharmacie selon le critère des moyens financiers des parents. Ceux dont les parents sont trop pauvres, aussi intellectuellement brillants et motivés soient-ils, peuvent toujours rêver de devenirs médecins, dentistes ou pharmaciens.

Quant à ceux qui y parviennent, il n’est pas étonnant que les deux tiers d’entre eux n’attendent que de décrocher leurs diplômes pour aller chercher à s’installer là ou l’herbe est plus verte.

Alors, qu’est-ce que je vous prescris, un médicament ou un repas ?





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Mercredi 11 Mai 2022

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