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Majorité parlementaire et droit à la critique




Il est de plus en plus question, selon des articles de presse, de membres de l’exécutif qui prendraient mal les critiques qui leur sont adressées aux deux chambres du parlement.

Ce qui semble surtout chagriner ces messieurs dames ministres allergiques aux critiques, ce serait le manque de soutien escompté de la part des représentants des partis de la majorité au parlement.

Ce qui ramène à la question de savoir si c’est le mandat accordé par les électeurs à leurs représentants qui prime, ou plutôt le respect des consignes partisanes diffusées dans le cadre des groupes parlementaires.

En fin de compte, c’est le caractère effectif, ou pas, de la démocratie représentative qui est ainsi évalué.

Partant du principe que la séparation des pouvoirs constitue le fondement de toute démocratie représentative (le législatif produisant des lois, l’exécutif les faisant appliquer et le judicaire en assurant le respect), ainsi que du constat, évident, que ce sont les partis majoritaires à la Chambre des représentants qui composent l’équipe gouvernementale, il va sans dire que la cloison qui sépare le pouvoir législatif, mené par la majorité, et l’exécutif, qui en est issu, est plutôt hypothétique.

Tant que le courant passe bien entre les membres de l’équipe gouvernementale et ceux des groupes parlementaires qui l’appuient, l’opinion publique ne peut pas prendre conscience de la position délicate dans laquelle se trouvent les députés et conseillers de la majorité parlementaire.

C’est quand le représentant de la nation est pris en tenaille entre ses engagements envers ses électeurs et ses obligations envers la majorité gouvernementale à laquelle il appartient, du fait de décisions et actions de l’exécutif qui entreraient en contradiction avec lesdits engagements, que la question devient brûlante.

Un pouvoir exécutif « blindé », du fait de l’alignement automatique de la majorité parlementaire, suivant une démarche disciplinaire, mettrait le pays dans une situation qui n’aurait plus grand-chose à voir avec la démocratie.

Normalement, un ministre issu des rangs de formations partisanes dispose de suffisamment d’expérience politique pour affronter les critiques de l’opposition, ce qui est constitutionnellement son rôle, sans avoir à appeler souvent les députés et conseillers de la majorité à son secours.

Quand aux technocrates, leurs arguments « techniques » sont censés convaincre, telle une démonstration scientifique, les représentants des différents courants politiques représentés au parlement.

La grande différence entre un gouvernement et le conseil d’administration d’une entreprise est que ce dernier se conforme à la seule règle arithmétique de l’actionnaire majoritaire, les petits porteurs pouvant toujours céder leurs actions s’ils ne sont pas contents de la qualité de la gouvernance du Pdg.

En politique, ou ni les électeurs, ni les élus ne peuvent aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte, du moins jusqu’aux prochaines échéances électorales, la règle veut que l’on compose avec les différents courants d’opinions, sachant que toute négociation implique nécessairement des concessions de part et d’autre.

Des ministres qui se plaignent des critiques de l’opposition, somme toute ordinaires, et du peu d’empressement des députés de la majorité à leur venir en aide, ne font que mettre en doute leur capacité à composer avec les débats contradictoires, de dévoiler qu’ils ne sont pas tout à fait en phase avec leur majorité parlementaire et, surtout, leur inaptitude intellectuelle à concilier des opinions opposées, ce qui est tout l’art de la politique.

Les représentants de la nation ne sont pas des soldats aux ordres, ils n’ont de compte à rendre qu’à leurs électeurs. Ils se doivent bien de respecter le cadre idéologique de leurs engagements partisans, mais dans la limite du mandat accordé par leurs électeurs. Il en va de la véracité de l’exercice de la démocratie.

Si un ministre peine à convaincre du bien fondé de ses décisions et actions sa propre majorité parlementaire, comment compte-t-il y parvenir avec l’opposition et l’opinion publique nationale ?

L’actuelle législature a démarré dans des conditions très contraignantes, entre les conséquences socioéconomiques désastreuses de la pandémie, une pluviométrie tardive et insuffisante et une hausse vertigineuse de l’inflation à l’échelle mondiale, encore plus aggravée par la récente guerre en Ukraine.

Les voix qui s’élèvent aux deux chambres du parlement pour questionner le gouvernement sur les mesures prises afin d’atténuer les effets de la crise sur les citoyens ne sont que l’écho, amoindri, des lamentations des ménages pressés par le renchérissement infernal du coût de la vie.

Si, comme l’a précisé le chef du gouvernement, lors d’une récente réunion des leaders de la majorité, l’exécutif ne dispose pas d’une baguette magique pour régler tous les problèmes posés, le moins que l’on puisse attendre de tous les ministres est qu’ils sachent apaiser les inquiétudes et faire preuve de créativité.

Le meilleur des programmes politique, tant qu’il n’a pas été appliqué et achevé, n’est qu’une énumération de bonnes intentions, vulnérable aux imprévus, comme ils ne cessent, dernièrement, de se manifester.

« Pour réussir, il ne suffit pas de prévoir, il faut également savoir improviser », disait le célèbre écrivain américain de science fiction, Isaac Asimov.

Et quand les vents ne soufflent pas dans la direction souhaitée, ce n’est sûrement pas à l'équipage qu’il faudrait le reprocher.



Mardi 12 Avril 2022


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