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Marée basse géopolitique


L’administration Biden a surpris plus d’un observateur en se montrant moins belliqueuse qu’on ne l’aurait imaginé.



Personne ne s’attendait à ce que l’actuel occupant de la Maison blanche tienne la promesse de son prédécesseur, Donald Trump, de quitter effectivement l’Afghanistan.

C’est pourtant chose en cours, le dernier soldat américain aura quitté le pays d’Asie centrale d’ici la fin du mois d’août.

Comme il est évident que les Talibans vont reprendre le contrôle de l’Afghanistan, qu’ils avaient perdu suite à l’intervention américaine, il y a 20 ans, il n’était pas évident que Washington admette sa défaite et arrête les frais.

Il est vrai que le Pentagone et la CIA se torturent les méninges, actuellement, pour trouver le moyen de maintenir une certaine présence au centre de l’Eurasie.

Mais il est peu probable que la Russie et la Chine, ainsi menacés sur leurs flancs respectivement Sud et Ouest, laissent faire les Américains.

Danse avec les Talibans

Plus pragmatiques, également, que l’on aurait pu l’imaginer, les Talibans ont d’ores et déjà pris contact avec les pays voisins, ainsi que la Russie, pour les rassurer sur leurs intentions.

La Chine, pour sa part, trace déjà les plans de l’extension de son mégaprojet de nouvelle ‘Route de la soie’ en l’Afghanistan, qui fut déjà une étape de l’antique chemin caravanier.

La conquête américaine ratée de l’Afghanistan sera, donc, portée dans les annales de l’Histoire de ce pays d’Asie centrale, aux côtés de celles, tout aussi manquées, des Britanniques et des Soviétiques, confirmant sa réputation de ‘cimetière des empires’.

L’équation iranienne

L’administration Biden s’est montrée, toutefois, beaucoup moins perspicace concernant la reprise des négociations avec l’Iran sur l’accord nucléaire.

L’insistance des Américains à élargir les thèmes soulevés, dans le cadre dudit acord, aux missiles et à l’influence régionale de l’Iran, avant toute levée des sanctions, n’a concrètement aucune chance d’aboutir.

Encore moins maintenant que Ebrahim Raïssi, représentant du courant radical à Téhéran, est devenu président.

L’Iran a renforcé ses relations stratégiques avec la Russie et la Chine et jamais les sanctions économiques n’ont réellement ébranlé le régime en place.

Contraignants alliés

Aussi pressée que soient les Etats-Unis d’opérer leur ‘pivot’ vers le Pacifique et réduire leur présence au Moyen Orient, ils plient sous la pression des Israéliens et des pays du Golfe, tous rêvant d’un conflit militaire contre l’Iran, pourvu que les Américains le mènent à leur place.

C’est le stupide travail de sape du même lobby à Washington qui explique le non-arrêt des hostilités au Yémen.

Le temps de se rendre compte que le trafic maritime israélien transitant par le détroit de Bab El Mandeb n’en sera que plus harcelé.

Combien de temps, par ailleurs, les troupes américaines stationnées en Irak et en Syrie vont-elles supporter les incessantes piqures de guêpes des milices pro-iraniennes ?


Coup pour coup

Les Iraniens ont explosé, à la mi-avril, les bureaux du Mossad israélien dans le Kurdistan irakien. Un mois plutôt, les commandos israéliens avaient saboté un pétrolier iranien, provoquant une marée noire qui a pollué les côtés d’Israël.

Et toujours se poursuit la guerre maritime de l’ombre entre Israël et l’Iran, dont la dernière cible était le pétrolier MT Mercer Street, fin juillet en Mer d’Oman.

Les Syriens, pour leur part, sont parvenus, grâce à du matériel de guerre électronique iranien accouplé à une batterie antiaérienne russe Buk M2E, à intercepter un drone américain de reconnaissance stratégique MQ-4C Triton, qui coûte 200 millions de dollars.

Le nouveau premier ministre israélien, Naftali Bennet, a sûrement regretté d’avoir considéré les accords verbaux concernant la Syrie entre son prédécesseur, Benjamin Netanyahou, et le président russe, Vladimir Poutine, comme ne le concernant pas.

Vaincre sans combattre

Quand à la Chine, il est comique de constater à quel point les médias américains sont plongés dans une crise d’hystérie sinophobe qui leur fait perdre tout sens des réalités.

Sur les 1.900 milliards du plan de relance décidé par l’administration Biden, combien partent en Chine pour payer les importations ? Le déficit commercial des Etats-Unis a atteint un record de 75,7 milliards de dollars.

Et tant que la fabrication de microprocesseurs n’a pas été relocalisée aux Etats-Unis, pas question de faire la guerre à la Chine.

Entrant dans la composition des systèmes de guidage des missiles, les microprocesseurs les plus puissants sont usinés à Taïwan, à portée de tir des missiles chinois.

L’argument hypersonique

Washington est, donc, contrainte de calmer ses ardeurs martiales.
  
Le président américain a rencontré son homologue russe, à la mi-juin à Genève, alors qu’il l’avait, auparavant, qualifié de « tueur », ce qui faisait douter des résultats de leur discussion.

Il est évident qu’on n’affronte pas un adversaire doté de missiles hypersoniques, impossibles à intercepter par les systèmes de défense contre-aérienne existants, alors que les Américains en sont encore à bégayer à ce sujet.

Jeu d’équilibre au Maghreb

Le plus intéressant pour les Marocains est la vision des Etats-Unis envers le Maghreb. De l’Atlantique jusqu’aux confins de la Libye, les Américains semblent beaucoup plus intéressés par la région.

La Tunisie a désormais un régime présidentiel fort, soutenu par l’armée, avec la bénédiction de des Etats-Unis. Les principes démocratiques s’arrêtent là ou commencent les intérêts de Washington.

Cette dernière semble décidée à ne point laisser Alger sombrer dans le désespoir dû à la dégradation de son statut régional, en essayant de préserver les équilibres au sein du Maghreb.

D’autres Covid à fouetter

Les relations internationales sont tellement tendues, à travers l’ensemble du globe, que les principaux acteurs mondiaux et régionaux sont bien obligés de brider leurs ambitions de crainte de déclencher une tempête.

Le malheur du Covid a, paradoxalement, l’avantage de donner bien d’autres soucis aux acteurs exaltés du ‘Grand Jeu’ géopolitique.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Mardi 10 Août 2021




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