Le gouvernement tient à montrer que le calendrier est respecté. Mustapha Baitas a réaffirmé, début avril, que la session d’avril du dialogue social se tiendrait dans les délais prévus. Dans le même temps, plusieurs médias marocains ont rapporté l’envoi effectif des convocations aux partenaires sociaux, confirmant que ce round n’était plus une simple intention mais un rendez-vous enclenché.
Sur le papier, cela ressemble à une preuve de continuité institutionnelle. Dans les faits, le climat est plus rugueux. Plusieurs sources ont décrit une atmosphère de méfiance, nourrie par la pression sur le pouvoir d’achat, les tensions autour des carburants et l’impression, chez une partie du front syndical, que le dialogue produit parfois plus de promesses que de respiration concrète dans les foyers. Même le dossier des retraites, présenté comme structurant, a donné lieu à des reports et à des hésitations, signe que le consensus affiché reste fragile.
C’est là que le débat devient sérieux. Car ce round intervient au moment exact où chaque acteur parle aussi à sa base. Le gouvernement veut défendre un bilan social. Les syndicats veulent prouver qu’ils n’ont pas accompagné en silence une dégradation du quotidien. Le patronat, lui, sait qu’un mauvais arbitrage sur les coûts salariaux ou les charges peut vite se répercuter sur l’investissement, l’emploi et les marges. Ce qui arrive n’est donc pas un simple rituel de printemps. C’est une négociation sous contrainte, au milieu d’un pays qui regarde ses factures de plus près que les discours.
Salaires, SMIG, IR : le bilan existe, mais suffit-il encore au pouvoir d’achat ?
Il serait malhonnête de dire qu’il ne s’est rien passé. L’accord social du 29 avril 2024 a bien produit des engagements chiffrés. Il a prévu une hausse de 10 % du SMIG dans le privé, en deux temps, avec une première tranche de 5 % en janvier 2025 et une seconde en janvier 2026. Il a aussi programmé une hausse de 10 % du SMAG, elle aussi en deux étapes, en avril 2025 puis en avril 2026. Pour une partie des fonctionnaires, l’accord a acté une augmentation nette de 1.000 dirhams, versée en deux tranches. Des aménagements de l’impôt sur le revenu ont également été mis en avant pour améliorer le revenu net de certains salariés.
Le gouvernement, de son côté, revendique un effort budgétaire inédit. En avril 2025, Mustapha Baitas a indiqué que le coût cumulé du dialogue social devait atteindre 45,738 milliards de dirhams à l’horizon 2026 et dépasser 46,702 milliards en 2027, avec plus de 1,127 million de fonctionnaires concernés par certaines mesures. Ce sont des chiffres lourds. Ils témoignent d’un choix budgétaire réel, qu’on le soutienne ou qu’on le juge insuffisant.
Mais le problème, c’est qu’un chiffre budgétaire impressionne moins qu’un panier de courses. Dans beaucoup de ménages, le ressenti ne suit pas toujours la mécanique des annonces. Une hausse salariale étalée peut être mangée par le coût de la vie. Une baisse d’IR est bienvenue, mais elle ne neutralise pas automatiquement la pression des dépenses quotidiennes. C’est là que la critique syndicale retrouve de la force : elle soutient, en substance, que des acquis existent, oui, mais que l’effet réel sur le pouvoir d’achat reste trop partiel pour calmer la fatigue sociale. Cette lecture n’est pas marginale. Elle s’installe.
S'agissant du gouvernement, on peut dire ceci : avoir institutionnalisé le dialogue ne garantit pas d’avoir convaincu. L’exécutif a beaucoup parlé de “choix stratégique”, de “modèle marocain” et de continuité. Très bien. Mais un dialogue social n’est pas jugé à la qualité de sa mise en scène. Il l’est à sa capacité à réduire une tension sociale palpable. Or, sur ce point, le doute demeure.
Mais, il faut aussi reconnaître que le gouvernement n’a pas choisi la politique du gel. Il a ouvert le portefeuille budgétaire, signé, exécuté une partie des engagements et maintenu le rendez-vous, là où d’autres auraient pu préférer l’attentisme en fin de mandat. Dans un contexte économique tendu, ce n’est pas un détail.
Retraites, syndicats, législatives 2026 : le vrai nœud politique du round d’avril
Le dossier qui électrise tout le reste, c’est la retraite. Depuis 2025, le gouvernement a remis ce chantier à l’agenda, avec l’idée d’un cadre plus soutenable et d’une méthode fondée sur la concertation. Une réunion de la commission nationale chargée du suivi du dossier des retraites a bien été tenue en juillet 2025 sous la présidence d’Aziz Akhannouch, dans le prolongement de la session d’avril 2025 du dialogue social. La volonté officielle est claire : avancer, de manière consensuelle, vers une refonte du système.
Sauf que la retraite, au Maroc, n’est pas un dossier technique comme un autre. C’est un mot qui réveille immédiatement la peur d’un recul de droits, d’un allongement de carrière, d’un effort demandé aux salariés avant qu’une véritable remise à plat des équilibres ne soit perçue comme équitable. Les syndicats le savent. Ils savent aussi qu’à quelques mois des législatives, accepter trop vite un cadre sensible pourrait être politiquement coûteux vis-à-vis de leurs propres adhérents. Voilà pourquoi ce round d’avril est observé avec tant d’attention : il peut déboucher sur une méthode, sur un ajournement, ou sur une crispation. Mais il sera lu comme un message politique dans tous les cas.
S'agissant des syndicats, on peut leur reprocher une chose ancienne mais toujours présente : parler haut à l’approche des échéances, puis laisser le soufflé retomber quand il faut transformer la colère en suivi précis, secteur par secteur, entreprise par entreprise. Le syndicalisme marocain inspire encore du respect, mais il souffre aussi d’un soupçon persistant chez une partie de l’opinion : celui d’être plus audible dans les moments symboliques que dans la durée. Ce soupçon, il ne faut pas l’ignorer. Il fragilise leur parole.
Les syndicats ont pour eux un argument simple et puissant : quand la vie devient plus chère, quand les salariés sentent que le gain annoncé n’arrive pas pleinement dans le réel, ils ont le devoir de hausser le ton. Leur rôle n’est pas d’accompagner le calendrier politique du gouvernement. Leur rôle est de défendre ceux qui vivent du salaire, de la pension, du revenu modeste, du travail vulnérable. Vu sous cet angle, la tension actuelle n’est pas une posture. Elle est la traduction normale d’un malaise social qui n’a pas disparu.
Au fond, la vraie question n’est pas de savoir s’il y aura une photo de famille au terme des réunions. La vraie question est plus marocaine, plus concrète, plus nue : ce round changera-t-il quelque chose de perceptible avant 2026 pour le salarié, l’ouvrier agricole, le fonctionnaire, le retraité ou le jeune actif qui entre dans la vie professionnelle avec l’impression que tout coûte déjà trop cher ? Si la réponse reste floue, alors ce dialogue social prendra un goût de vitrine. S’il produit des gestes lisibles, un cap crédible sur les retraites et un peu d’oxygène sur le revenu, il pourra encore peser dans le bon sens.
Le Maroc a besoin de dialogue social. Pas pour cocher une case institutionnelle. Pas pour meubler une fin de mandat. Il en a besoin parce qu’une démocratie sociale ne tient pas seulement par les grands principes, mais par la confiance que les citoyens accordent à la parole publique quand elle touche au travail, au revenu et à la dignité. C’est sur ce terrain-là que ce dernier round sera jugé. Et cette fois, le verdict ne tombera pas seulement dans les salles de réunion. Il tombera aussi dans les urnes.
Sur le papier, cela ressemble à une preuve de continuité institutionnelle. Dans les faits, le climat est plus rugueux. Plusieurs sources ont décrit une atmosphère de méfiance, nourrie par la pression sur le pouvoir d’achat, les tensions autour des carburants et l’impression, chez une partie du front syndical, que le dialogue produit parfois plus de promesses que de respiration concrète dans les foyers. Même le dossier des retraites, présenté comme structurant, a donné lieu à des reports et à des hésitations, signe que le consensus affiché reste fragile.
C’est là que le débat devient sérieux. Car ce round intervient au moment exact où chaque acteur parle aussi à sa base. Le gouvernement veut défendre un bilan social. Les syndicats veulent prouver qu’ils n’ont pas accompagné en silence une dégradation du quotidien. Le patronat, lui, sait qu’un mauvais arbitrage sur les coûts salariaux ou les charges peut vite se répercuter sur l’investissement, l’emploi et les marges. Ce qui arrive n’est donc pas un simple rituel de printemps. C’est une négociation sous contrainte, au milieu d’un pays qui regarde ses factures de plus près que les discours.
Salaires, SMIG, IR : le bilan existe, mais suffit-il encore au pouvoir d’achat ?
Il serait malhonnête de dire qu’il ne s’est rien passé. L’accord social du 29 avril 2024 a bien produit des engagements chiffrés. Il a prévu une hausse de 10 % du SMIG dans le privé, en deux temps, avec une première tranche de 5 % en janvier 2025 et une seconde en janvier 2026. Il a aussi programmé une hausse de 10 % du SMAG, elle aussi en deux étapes, en avril 2025 puis en avril 2026. Pour une partie des fonctionnaires, l’accord a acté une augmentation nette de 1.000 dirhams, versée en deux tranches. Des aménagements de l’impôt sur le revenu ont également été mis en avant pour améliorer le revenu net de certains salariés.
Le gouvernement, de son côté, revendique un effort budgétaire inédit. En avril 2025, Mustapha Baitas a indiqué que le coût cumulé du dialogue social devait atteindre 45,738 milliards de dirhams à l’horizon 2026 et dépasser 46,702 milliards en 2027, avec plus de 1,127 million de fonctionnaires concernés par certaines mesures. Ce sont des chiffres lourds. Ils témoignent d’un choix budgétaire réel, qu’on le soutienne ou qu’on le juge insuffisant.
Mais le problème, c’est qu’un chiffre budgétaire impressionne moins qu’un panier de courses. Dans beaucoup de ménages, le ressenti ne suit pas toujours la mécanique des annonces. Une hausse salariale étalée peut être mangée par le coût de la vie. Une baisse d’IR est bienvenue, mais elle ne neutralise pas automatiquement la pression des dépenses quotidiennes. C’est là que la critique syndicale retrouve de la force : elle soutient, en substance, que des acquis existent, oui, mais que l’effet réel sur le pouvoir d’achat reste trop partiel pour calmer la fatigue sociale. Cette lecture n’est pas marginale. Elle s’installe.
S'agissant du gouvernement, on peut dire ceci : avoir institutionnalisé le dialogue ne garantit pas d’avoir convaincu. L’exécutif a beaucoup parlé de “choix stratégique”, de “modèle marocain” et de continuité. Très bien. Mais un dialogue social n’est pas jugé à la qualité de sa mise en scène. Il l’est à sa capacité à réduire une tension sociale palpable. Or, sur ce point, le doute demeure.
Mais, il faut aussi reconnaître que le gouvernement n’a pas choisi la politique du gel. Il a ouvert le portefeuille budgétaire, signé, exécuté une partie des engagements et maintenu le rendez-vous, là où d’autres auraient pu préférer l’attentisme en fin de mandat. Dans un contexte économique tendu, ce n’est pas un détail.
Retraites, syndicats, législatives 2026 : le vrai nœud politique du round d’avril
Le dossier qui électrise tout le reste, c’est la retraite. Depuis 2025, le gouvernement a remis ce chantier à l’agenda, avec l’idée d’un cadre plus soutenable et d’une méthode fondée sur la concertation. Une réunion de la commission nationale chargée du suivi du dossier des retraites a bien été tenue en juillet 2025 sous la présidence d’Aziz Akhannouch, dans le prolongement de la session d’avril 2025 du dialogue social. La volonté officielle est claire : avancer, de manière consensuelle, vers une refonte du système.
Sauf que la retraite, au Maroc, n’est pas un dossier technique comme un autre. C’est un mot qui réveille immédiatement la peur d’un recul de droits, d’un allongement de carrière, d’un effort demandé aux salariés avant qu’une véritable remise à plat des équilibres ne soit perçue comme équitable. Les syndicats le savent. Ils savent aussi qu’à quelques mois des législatives, accepter trop vite un cadre sensible pourrait être politiquement coûteux vis-à-vis de leurs propres adhérents. Voilà pourquoi ce round d’avril est observé avec tant d’attention : il peut déboucher sur une méthode, sur un ajournement, ou sur une crispation. Mais il sera lu comme un message politique dans tous les cas.
S'agissant des syndicats, on peut leur reprocher une chose ancienne mais toujours présente : parler haut à l’approche des échéances, puis laisser le soufflé retomber quand il faut transformer la colère en suivi précis, secteur par secteur, entreprise par entreprise. Le syndicalisme marocain inspire encore du respect, mais il souffre aussi d’un soupçon persistant chez une partie de l’opinion : celui d’être plus audible dans les moments symboliques que dans la durée. Ce soupçon, il ne faut pas l’ignorer. Il fragilise leur parole.
Les syndicats ont pour eux un argument simple et puissant : quand la vie devient plus chère, quand les salariés sentent que le gain annoncé n’arrive pas pleinement dans le réel, ils ont le devoir de hausser le ton. Leur rôle n’est pas d’accompagner le calendrier politique du gouvernement. Leur rôle est de défendre ceux qui vivent du salaire, de la pension, du revenu modeste, du travail vulnérable. Vu sous cet angle, la tension actuelle n’est pas une posture. Elle est la traduction normale d’un malaise social qui n’a pas disparu.
Au fond, la vraie question n’est pas de savoir s’il y aura une photo de famille au terme des réunions. La vraie question est plus marocaine, plus concrète, plus nue : ce round changera-t-il quelque chose de perceptible avant 2026 pour le salarié, l’ouvrier agricole, le fonctionnaire, le retraité ou le jeune actif qui entre dans la vie professionnelle avec l’impression que tout coûte déjà trop cher ? Si la réponse reste floue, alors ce dialogue social prendra un goût de vitrine. S’il produit des gestes lisibles, un cap crédible sur les retraites et un peu d’oxygène sur le revenu, il pourra encore peser dans le bon sens.
Le Maroc a besoin de dialogue social. Pas pour cocher une case institutionnelle. Pas pour meubler une fin de mandat. Il en a besoin parce qu’une démocratie sociale ne tient pas seulement par les grands principes, mais par la confiance que les citoyens accordent à la parole publique quand elle touche au travail, au revenu et à la dignité. C’est sur ce terrain-là que ce dernier round sera jugé. Et cette fois, le verdict ne tombera pas seulement dans les salles de réunion. Il tombera aussi dans les urnes.












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