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Maroc-Israël : Adopter le discours des bonnes affaires


Maintenant que les relations entre le Maroc et Israël ont repris, avec l’ouverture de bureaux de liaison dans leurs capitales respectives, il serait temps de songer à donner du contenu aux accords économiques signés. Ce n’est qu’ainsi qu’ils seront valablement admis.



C’est au 266, HaYarkon Street, à Tel-Aviv, que le bureau de liaison marocain en Israël va prochainement reprendre ses activités, arrêtées depuis 2002. Un espace de 600 m2 situé dans une rue réputée pour ses établissements hôteliers et ou les diplomates marocains seront voisins de ceux des Etats-Unis, de Russie, de Turquie, de Grande-Bretagne et de Suisse.

La délégation marocaine, menée par Abderrahim Beyyoud, auparavant directeur du département Amérique du Nord et Caraïbes et plusieurs fois consul, arrivée le mardi 9 février dans la capitale israélienne, aura à défricher le terrain pour les échanges de visites entre opérateurs économiques.

Dépasser les blocages psychologiques

Selon la ministre israélienne des finances, Shira Greenberg, les échanges commerciaux entre le Maroc et Israël peuvent atteindre les 500 millions de dollars par an. 

Le ministre marocain de l’industrie, Moulay Hafid Elalamy, a ciblé avec son homologue israélien, Amir Peretz, les secteurs de l’industrie alimentaire, des énergies renouvelables, des technologies vertes et du textile pour une coopération industrielle bilatérale, ainsi que la recherche appliquée à l’industrie.

Un débat a longtemps divisé l’opinion publique nationale pour savoir s’il était avantageux ou pas de développer des relations économiques plus poussées avec Israël. Egypte et Jordanie ne semblent pas en avoir tiré grand bénéfice, en effet. 

Aussi est-il intéressant de commencer par souligner un fait reconnu par tous : il existe déjà des échanges commerciaux entre les deux pays, même s’ils n’étaient pas officialisés. 

Si, pendant toutes ces années, des opérateurs économiques marocains ont continué à entretenir, discrètement, des relations d’affaires avec leurs partenaires israéliens, c’est qu’ils ont dû y trouver profit.

L'exemple turc

L’auteur de ces lignes n’a jamais été grand fan des relations avec Israël, avant de prendre conscience de l’omission de la Turquie dans la réflexion à ce sujet. Voilà un pays musulman, non-arabe comme il n’est pas besoin de le souligner, et même le premier pays musulman à avoir reconnu Israël, en 1949. 

Il est toujours possible d’arguer que le gouvernement turc de l’époque post-kémaliste était laïc, mais quand le parti islamiste turc AKP est arrivé au pouvoir, il n’a rien changé à cet état de fait.

Le triste épisode du navire Mavi Marmara, en 2010, qui a vu les soldats israéliens tuer dix Turcs comptant parmi les passagers qui cherchaient à briser le blocus contre la bande de Gaza ? 

Cinq ans après, les relations diplomatiques entre ces deux pays ont été rétablies, les familles des victimes ont obtenu 20 millions de dollars et les affaires ont repris. Les échanges commerciaux entre la Turquie et Israël se sont chiffrés à 5,5 milliards de dollars, en 2019, ce qui fait d’Ankara le sixième partenaire commercial de Tel Aviv.

Sur le plan militaire, la Turquie a longtemps ouvert son espace aérien aux chasseurs israéliens pour des exercices. Et c’est grâce aux drones acquis auprès des Israéliens que les Turcs ont pu développer, par la suite, leur fameux Bayraktar. 

Ankara et Tel Aviv se sont aussi, dernièrement, trouvés un ami commun en l’Azerbaïdjan, qu’ils ont tous les deux soutenus dans son récent conflit contre l’Arménie.


Verbiages pour ceux qui veulent y croire

Tout ceci n’a jamais empêché, bien sûr, le président turc Erdogan de faire ses sorties tonitruantes et ultra-médiatisées ou il critique Israël. La responsabilité de se faire berner par les propos enflammés d’Erdogan n’incombe qu’à ceux qui veulent bien y prêter foi. 

Nombre d’observateurs ont, d’ailleurs, remarqué que la Turquie n’a pas du tout réagi à la reprise des relations entre Rabat et Tel-Aviv, comme l’escomptait la nébuleuse des Frères musulmans.

On s’imagine maintenant les « frérots » en train de s’arracher leurs barbes de frustration, conscients de s’être fait instrumentalisés et jetés après usage, alors que leur crédibilité auprès de la rue arabe est en chute libre.  

Ce qui fait, donc, la différence entre la Turquie et les autres pays arabes est l’absence de gêne de la première citée à privilégier ses intérêts nationaux sur toute autre considération, réservant les discours grandiloquents assaisonnés de sauce religieuse à une opinion publique arabe qu’elle en sait tellement friande.

Dire les choses crûment

Dans une négociation commerciale, la partie qui se sent mal à l’aise à traiter avec son vis-à-vis part perdante. Considérer les hommes d’affaires israéliens comme n’importe quels autres, c'est-à-dire marchander au centime près avec un large sourire et le mot pour rire semble, donc, la meilleure démarche à adopter. 

Le Maroc a déjà l’expérience d’accords commerciaux tant vantés politiquement à leurs signatures, mais qui se sont révélés déséquilibrés en sa défaveur.

Dépierrer le discours à propos des relations avec Israël de tous ces propos diplomatiques ampoulés pour le ramener à des considérations plus terre-à-terre est de nature à rendre la coopération bilatérale encore plus désirable pour l’opinion publique marocaine, qui a majoritairement prouvé son pragmatisme. 

Il faudrait apprendre à dire en hébreu, c’est donnant-donnant, gagnant-gagnant. Parce que ce principe, le Marocain le comprend très bien.

Par Ahmed NAJI









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