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Réaction du Pr Mohsine El BAKKALI sur " l’urgence vitale ne peut pas attendre la solvabilité du malade : les limites de l’AMO du Dr Anwar CHERKAOUI, publié par l’ODJ.

AMO et urgences vitales : une réforme historique, un système d’accompagnement à parachever.


Par Pr Mohsine El Bakkali : Manager d’une structurede soins; Acteur Associatif.

La généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) constitue l’un des plus grands chantiers sociaux engagés par le Maroc.

Mais une réforme ne se mesure pas seulement à son ambition : elle se juge à son efficacité lorsque la vie d’un citoyen est en jeu.

À partir du témoignage du Dr Anwar Cherkaoui, cette analyse met en évidence non pas les limites de l’AMO elle-même, mais celles des mécanismes qui auraient dû accompagner son déploiement .

Audit médical, digitalisation, actualisation de la nomenclature et prévention apparaissent aujourd’hui comme les quatre piliers indispensables pour garantir la pérennité et l’efficacité de cette réforme historique.



Une réforme dont la légitimité n’est pas en cause.

Le témoignage du Dr Anwar Cherkaoui, fondé sur une expérience personnelle particulièrement marquante, met en lumière une faille structurelle du système plutôt qu’un simple incident isolé.

Il convient de rappeler avec force que la généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire, mise en œuvre sur Hautes Instructions Royales, demeure l’une des réformes sociales les plus ambitieuses de l’histoire récente du Maroc.

Sa légitimité, son bien-fondé et sa portée historique ne sont nullement remis en question. En revanche, toute réforme de cette ampleur doit être évaluée à l’aune de sa capacité à protéger effectivement le citoyen au moment où il en a le plus besoin.

Or, le cas relaté montre que les dispositifs d’accompagnement n’ont pas suffisamment anticipé les situations critiques que la généralisation de l’AMO allait inévitablement faire émerger.

Le véritable débat ne porte donc pas sur l’AMO, mais sur l’absence d’un écosystème performant de contrôle, de digitalisation, d’actualisation et de prévention.

Quatre chantiers prioritaires s’imposent aujourd’hui :

1. L’audit de la prescription : contrôler l’usage, pas seulement le financement.

L’extension de la couverture médicale modifie profondément les comportements et les incitations. Dès lors qu’un acte médical est pris en charge, le risque de surprescription, voire de dérives organisées, devient une réalité qu’aucun système de santé ne peut ignorer.

Des structures affichant un taux d’occupation maximal dès leur ouverture ou des examens complémentaires prescrits de manière quasi systématique au-delà des besoins cliniques constituent autant de signaux d’alerte.

D’où la nécessité de mettre en place un véritable audit médical et financier, distinct d’un simple contrôle comptable. L’objectif est d’évaluer la pertinence médicale des prescriptions, d’identifier d’éventuelles orientations abusives de patients et de préserver les ressources de l’AMO.

Sans un tel dispositif, le système risque de s’épuiser progressivement, au détriment des patients confrontés à des urgences vitales.

2. La garantie instantanée : le vrai nœud du problème des urgences. Le cas rapporté par le Dr Cherkaoui met en évidence ce qui constitue probablement la principale faiblesse opérationnelle du dispositif actuel.

Aujourd’hui, la prise en charge repose encore largement sur des procédures de garantie préalable et sur l’avance des frais par les familles, un fonctionnement totalement incompatible avec la réalité d’une urgence vitale où chaque minute compte.

Pourtant, la solution technologique existe déjà.

À l’image d’une carte bancaire qui vérifie instantanément la disponibilité des fonds, une carte électronique AMO devrait permettre une vérification immédiate des droits de l’assuré et déclencher automatiquement la garantie de prise en charge dès son admission.

Une telle évolution suppose une interconnexion numérique en temps réel entre les organismes gestionnaires et l’ensemble des établissements de santé. Cette digitalisation permettrait aux familles de ne plus avoir à réunir dans l’urgence des sommes considérables, tout en garantissant aux établissements de santé le remboursement des soins prodigués.

3. L’actualisation de la nomenclature : un référentiel qui a vingt ans de retard.

La Nomenclature Générale des Actes Professionnels ne reflète plus l’évolution de la médecine moderne. De nombreux actes aujourd’hui dépassés continuent d’y figurer, tandis que des techniques devenues courantes restent absentes ou insuffisamment valorisées.

Cette situation a des conséquences directes sur la prise en charge des urgences. Lorsque les tarifs de référence sont déconnectés des coûts réels, les établissements de santé sont souvent contraints de répercuter la différence sur les patients, notamment pour les actes hautement spécialisés comme la neuroradiologie interventionnelle ou la neurochirurgie d’urgence.

La révision complète de cette nomenclature constitue désormais une nécessité pour assurer un financement cohérent des soins.

4. Le préventif : sortir d’un système tout entier tourné vers le curatif lourd.

Enfin, un système de santé dont l’essentiel des ressources est absorbé par le traitement des maladies à un stade avancé révèle une fragilité structurelle. Le développement d’une véritable politique de prévention doit devenir une priorité nationale.

Les populations les plus vulnérables et les patients atteints de maladies chroniques doivent pouvoir bénéficier d’un accès direct et intégralement pris en charge aux consultations et aux actes de prévention, sans avance de frais ni remboursement différé.

Investir dans la prévention, c’est réduire durablement la fréquence des complications graves et des urgences vitales, tout en améliorant l’efficience globale du système de santé.

L’AMO n’est pas en cause.

Ce qui fait aujourd’hui défaut, c’est l’environnement indispensable à son efficacité : un audit rigoureux des prescriptions, une garantie numérique et instantanée de prise en charge, une nomenclature actualisée et une politique ambitieuse de prévention.

Le cas rapporté par le Dr Anwar Cherkaoui ne constitue pas une exception. Il révèle les insuffisances d’un accompagnement qui n’a pas suivi le rythme de cette réforme historique.

La mise en place d’un mécanisme national de garantie pour les urgences vitales apparaît aujourd’hui comme une priorité. Mais cette mesure ne produira pleinement ses effets qu’intégrée à une réforme plus globale reposant sur ces quatre chantiers essentiels, afin que la promesse fondatrice de la généralisation de l’AMO devienne une réalité pour tous.



Mardi 21 Juillet 2026


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