Union européenne : la descente aux enfers


Trois questions : l’Ue serait-elle devenue, de facto, une entité étatique fédérale ? L’avis des peuples y a-t-il encore la moindre valeur ? Quelles sont ses perspectives économiques ?



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Consternant semble être l’adjectif le plus approprié pour qualifier l’allocution prononcé par la présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen, au parlement européen, le 14 septembre à Strasbourg.

Il y a d’abord cette déclaration, aux accents bellicistes, que le commun des citoyens de l’Ue, écrasé par la hausse vertigineuse du coût de la vie et de l’énergie, ne va pas manquer « d’apprécier ».

« Les sanctions (NDLR : contre la Russie) ne sont pas près d'être levées, l'heure est à la détermination, pas à l'apaisement », a fulminé Ursula Von Der Leyen, ponctuant son propos d’un martial : « l’Europe vaincra ».

Les Européens seraient, donc, en guerre contre la Russie, un conflit qu’aucun parlement des pays membres de l’Ue n’a voté, mais qui devrait être mené jusqu’au bout, selon la présidente de la Commission européenne. 

L’Europe officieusement « fédérée »

Il est d’ailleurs intéressant de noter, au passage, que Von Der Leyen a tenu ces propos dans le cadre de son annuel « Discours sur l’état de l’Union », qui n’est pas sans rappeler celui, prononcé avec la même périodicité, par le président des États-Unis.

A la grande différence près que ce dernier est élu par les citoyens américains au suffrage universel. Ce qui n’est nullement le cas de la présidente de la Commission européenne.

Pour faire face à la crise énergétique et après avoir constaté que l’idée de plafonner les prix du gaz naturel était franchement stupide, comme l’a souligné la Norvège, devenue premier fournisseur de l’Ue après l’éviction de la Russie, Von Der Leyen a proposé une série de mesures.

La présidente de la Commission européenne a ainsi évoqué, sans précisions, une réforme du marché de l’électricité, dont il est déjà question depuis quelques mois.

Il est également projeté de prélever 140 milliards d’euros sur les « bénéfices extraordinaires » que réalisent les producteurs d’électricité à base d’énergies renouvelables et nucléaire pour les distribuer aux ménages et aux entreprises vulnérables.

Discours vs réalité

Le gaz naturel représentait, en 2020, 23,7% du mix énergétique européen, le nucléaire seulement 12,7%, suites aux fermetures successives, au cours des dernières années, de centrales nucléaires en Allemagne et en France.

Est-il nécessaire de rappeler que les sources d’énergies renouvelables étant intermittentes, pour chaque mégawatt d’électricité ainsi produite, il est nécessaire de disposer d’une capacité de production égale à partir de gaz naturel ?

Dans un tel contexte, on voit mal comment l’Ue pourrait réduire sa dépendance au gaz russe, sans sombrer dans la dépression.

Non seulement se pose la question du prix d’acquisition, le gaz de schiste américain étant beaucoup plus cher que le gaz russe, même si de moindre qualité, mais aussi de la monnaie dans laquelle va se faire le règlement, en occurrence en dollar, et surtout de la disponibilité dudit gaz naturel sur les marchés.

Autant d’interrogations qui doivent tarauder l’esprit de 447 millions d’européens, qui voient venir la saison hivernale avec d’énormes appréhensions, les prix de l’énergie étant déjà très élevés.

Les sacrifiés pour l’Ukraine

De juillet 2021 à juillet 2022, le coût du gaz naturel et de l’électricité ont grimpé de 38%% en Europe, une hausse que rien ne semble pouvoir arrêter.

« Les travailleurs payés au salaire minimum doivent mettre de côté l'équivalent d'un mois de salaire voire plus pour continuer à s'éclairer et se chauffer à domicile », indique la Confédération européenne des syndicats (Ces), dans un communiqué publié le 6 septembre.

C’était déjà le cas, en 2021, pour la classe laborieuse dans huit pays sur les vingt sept membres de l’Ue. Désormais, les travailleurs de seize pays européens, dont la France, se trouvent dans cette triste situation.

« Quand votre facture annuelle coûte plus d'un mois de salaire, il n'existe pas d'astuces pour économiser de l'argent », se lamente Esther Lynch, secrétaire générale adjointe de la Ces. « Ces prix ne sont tout simplement pas supportables pour des millions de citoyens », a t-elle souligné.

La perspective de grelotter de froid ou de ne pas manger à sa faim pour pouvoir payer le chauffage, et ce par solidarité avec l’Ukraine, semble plutôt peu attrayante pour nombre de foyers européens.

Poutine, maître du jeu

Interrogée par une députée française à ce sujet, Ursula Von Der Leyen botte en touche, en répondant que les factures d’électricité des citoyens qui se plaignent des hausses vertigineuses devaient être envoyées à Moscou.

Si c’est tout ce qu’il reste à faire, alors autant nommer Vladimir Poutine président de la Commission européenne et épargner aux contribuables européens le salaire de Ursula «sms pfizer» Von Der Leyen.

L’on sait déjà, à travers le premier ministre russe, Alexandre Novak, auparavant ministre de l’énergie, que sur les 150 milliards de m3 de gaz naturel livrés, l’année dernière, aux pays de l’Ue, cette dernière devrait, cette année, en recevoir un tiers en moins, soit quelques 50 milliards de m3. Jusqu’à présent, le gaz russe a représenté 45% des importations de l’Ue.

Pour rappel, le gazoduc «Yamal» (4197 kms), qui traverse la Biélorussie et la Pologne, a été fermé par la Russie en mai dernier, la Russie affrimant qu’elle n’allait plus livrer de gaz à la Pologne et la Bulgarie, qui ont refusé de payer leurs factures en roubles.

Quand au « North Stream 1 » (1222 kms), les livraisons de gaz y font maintenant souvent l’objet d’interruptions, les Russes arguant qu’ils peinent à en assurer la maintenance par manque de pièces, impossibles à importer du fait des sanctions occidentales.

Le gazoduc « North Stream 2 » (1230 kms), reliant la Russie à l’Allemagne, à travers la Mer Baltique, dont la construction a été achevée en septembre 2021, n’est jamais entré en fonction, les autorités allemandes refusant son approbation officielle.

Les gagnants et les perdants

Le plus surprenant est que le gazoduc qui traverse l’Ukraine transporte, jusqu’à présent, du gaz naturel russe vers l’Europe. Et Kiev continue, donc, d’y prélever sa part, au titre du droit de passage.

Egalement resté opérationnel, le Turkish Stream (1090 kms), qui traverse la Turquie et, via sa connexion au Tesla pipeline, déverse du gaz naturel russe vers l’Europe.

L’impact de cette crise énergétique se fait sentir aussi au niveau des industriels gros consommateurs d’énergie et suscite les plus graves inquiétudes. Le journal allemand, Der Spiegel, s’est fait l’écho, dans un article publié le 11 septembre, des difficultés rencontrées par certaines unités de production, du fait de cette situation.

« Les mauvaises nouvelles en provenance des entreprises s’accumulent et proviennent de toute la République.

- Un producteur d’engrais menacé de fermeture.

- Arcelor-Mittal arrête la production sur deux sites allemands”.

- Le chausseur traditionnel Görtz est en faillite – 2500 emplois en danger ».
 

Adieu industries, niveau de vie…

Et à Der Spiegel d’ajouter : « Les chefs de groupe et les dirigeantes syndicales parlent désormais ouvertement de leurs craintes. « Le pire est encore devant nous », déclare Klaus-Dieter Maubach, le patron d’Uniper, en évoquant le prix du gaz. (…)

Si le gouvernement ne réagit pas rapidement, il risque d’y avoir un effet domino qui pourrait conduire à une désindustrialisation en Allemagne. (…)

La question n’est plus depuis longtemps de savoir si la crise va arriver. La question est de savoir à quel point elle sera grave et combien de temps elle durera ».

Difficile de faire plus pessimiste que les confrères allemands auteurs de l’article en question.

Tout ce que les eurocrates non-élus de Bruxelles ont à proposer aux « inutiles », selon l’expression de Yuval Harrari, tête pensante de Klaus Schwab, le patron du Forum économique mondial de Davos, ce sont des rationnements.

L’électricité sera rationnée aux heures de pointe, selon Ursula Von Der Leyen, et des efforts seront consentis par l’Ue, non pour assurer un meilleur approvisionnement en énergie des pays membres à des prix abordables, mais pour réduire la demande.

Comme quoi le communisme n’est pas vraiment mort. Il a seulement migré en Occident, après la chute du Mur de Berlin.

Le grain pour les riches

Et pendant ce temps, 38% du volume des céréales qui a quitté le port ukrainien d’Odessa, en Mer Noire, après les accords d’Istanbul signés entre Kiev et Moscou le 22 juillet, a pris le chemin des pays de l’Ue.

Tous les pays du Moyent Orient et d’Afrique confondus n’ont eu droit qu’à 27,5% des livraisons. Les médias occidentaux, qui n’ont pas arrêté de brailler sur le risque de pénurie alimentaire en Afrique si la Russie ne permettait pas aux navires vraquiers de charger les cargaisons de grains au port d’Odessa, sont soudain devenus muets à ce sujet.

L’Onu, ce « machin » comme l’appelait le Général De Gaulle et dont il est en effet légitime de s’interroger actuellement sur l’utilité, s’est contenté de se lamenter sur le fait que la majeure partie des céréales expédiés d’Ukraine n’a pas été destiné aux « pays pauvres », comme cela aurait du se passer.

L’instance onusienne s’est bien gardée, toutefois, de nommer les heureux bénéficiaires desdites céréales.

Mais qu’est-ce que l’on peut bien attendre de dirigeants européens qui racontent, sans vergogne, des inepties à leurs propres peuples et se moquent royalement de leur sort.

Récession et inflation

Dans sa folle guerre, par Ukraine interposée, contre la Russie, l’Ue est en train de perdre son âme, ne parvenant ni à protéger ses peuples des conséquences du conflit armé en Ukraine, ni à préserver son image de puissance économique auprès des autres peuples de la planète.

Pour la première fois, depuis plus de vingt ans, l’euro a chuté sous la barre du dollar. Et tout le monde se demande jusqu’ou ira cette dégringolade.

Les 75 points de base de hausse du taux directeur de la Banque centrale européenne, annoncée début septembre, sans être suffisants pour juguler l’inflation galopante, se chiffrant à 9,1% au sein des pays de l’Ue à fin août, fait planer la menace d’une grave récession.

Récession + inflation = stagflation, le pire des scénarios que l’on puisse imaginer.

Les slogans scandés par les Européens, se disant tous des Ukrainiens, dont le pays occupe la 77ème place en matière de développement humain, derrière l’Iran (76ème), le Sri Lanka (73ème) et la Russie (52ème), semblent se transformer en un vœu en train d’être exaucé.

Le bon sens « annulé »

Le Général Hiver risque, en effet, de provoquer bien plus de dégâts socioéconomiques en Europe que les généraux russes en Ukraine.

Mais Ursula Von Der Leyen l’a promis, le soutien de l’Ue devra durer « aussi longtemps qu’il le faudra ».

Jusqu’à ce que les Européens gèlent de froid, faute de gaz disponible et bon marché pour se réchauffer, et que leurs industries déposent en cascade leurs bilans, en raison de la hausse des charges et de la baisse de la consommation.

« Le bon sens est la chose la mieux partagée du monde », disait René Descartes. Il n’avait pas prévu que la rationalité soit « annulée » sur le vieux continent par les Eurocrates non-élus de Bruxelles. 





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Vendredi 16 Septembre 2022

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