Yves Lacoste est décédé voici quelques semaines, le 20 juin dernier.
Spécialiste de géopolitique. Il est né au Maroc, à Fès, où il a passé son enfance, son père était géologue. Il s'est intéressé à la géographie physique et plus généralement à la géologie profonde.
Il ne s'est jamais résolu à telle influence anglo-saxonne séparant la géographie physique de la géographie humaine: tant s'en faut. Il s'est ainsi préoccupé d'un domaine déclinant en même temps l'environnement et l'écologie. Une vision vigoureuse, virile même de la géopolitique.
Dans les conquêtes coloniales, l'observation géographique est déjà très utile. Les officiers qui connaissent mal le terrain, l'observent d'autant plus ; ils ont besoin de ce savoir organisé pour conquérir et organiser leurs conquêtes.
Précisément, la conquête du Maroc par Lyautey est une opération géographique : il se fait établir la carte des différentes tribus dans une perspective d’organisation territoriale. Une mission confiée à l’un de ses proches, Théophile-Jean Delaye (1924-1970), officier colonial et fondateur au Maroc du club d’alpinisme.
Il a en particulier réalisé la cartographie du Toubkal. Le père d’Yves Lacoste connaissait bien T-J. Delaye, grand géographe, auteur d’une thèse sur « Le Haut Atlas occidental ».
La géographie et la… guerre
Il propose une nouvelle approche iconoclaste en la matière, une fustigation de la « géographie des professeurs ». Une remise en cause d’un discours idéologique apparu au XIXème siècle masquant de fait l’importance politique de toute réflexion sur l’espace.
Il montre également ceci : l’existence d’une autre géographie, plus ancienne et toujours actuelle, la « géographie des états-majors », un ensemble de connaissances rapportées à l’espace et constituant un savoir stratégique utilisé par les dirigeants.
À rebours de ces deux conceptions, Lacoste affirme que les questions soulevées par la géographie concernent en réalité tous les citoyens : des questions multiformes, à la croisée de nombreuses disciplines. La pertinence de ce livre devenu culte reste entière.
Une époque où la géopolitique qu’il a défendue est entrée dans les mœurs et où l'analyse des conflits régionaux et internationaux, toujours complexe, s'est imposée dans le débat public. Il a aussi écrit un livre sur Ibn Khaldun, tout à fait fortuitement : « J'étais à Alger où se côtoyait de jeunes intellectuels algériens ».
Des historiens français réduisent l'œuvre d'Ibn Khaldun à des considérations géographiques : soi-disant, il expliquerait la lutte des nomades contre les sédentaires.
Yves Lacoste explique que l'analyse d'Ibn Khaldun est beaucoup plus géopolitique: comment se forme l'empire, mais surtout comment il se disloque sans avoir été attaqué de l'extérieur.
Les forces qui ont créé l'empire au sein de la tribu nomade ou sédentaire sont un groupe qui prend le contrôle de la tribu, l'asabyia, l'emmène dans une conquête et crée l'État. Et montre comment un grand empire peut se disloquer sans être agressé de l'extérieur, et c'est sans doute le plus grand apport d'Ibn Khaldun.
L’on ne peut donc pas faire de géopolitique sans base solide en géographie.
Pour Lacoste, ceux qui discourent sur la géopolitique n'ont aucun raisonnement géographique, et souvent aucun raisonnement d'historien non plus.
Les problèmes géopolitiques résultent d'une évolution historique, qui peut parfois s'étaler sur des siècles. Il importe de comprendre l'idée que s'en font aujourd'hui les protagonistes qui aboutissent à des malentendus.












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