Oui, la jeunesse marocaine reste globalement conservatrice sur les grandes questions de société. Mais non, elle n’est pas figée
Derrière les majorités nettes, on aperçoit aussi des lignes de fracture, des hésitations, parfois même l’émergence de positions plus ouvertes sur des sujets longtemps verrouillés.
Ce qui ressort d’abord, c’est le poids durable des référents religieux, familiaux et sociaux dans la construction des opinions. Héritage, sexualité, mariage, homosexualité, polygamie, signes religieux : sur tous ces thèmes, une majorité de jeunes continue de défendre des positions classiques. Pourtant, certains chiffres racontent autre chose. Ils montrent qu’une partie de cette génération, sans être majoritaire, commence à déplacer les frontières du dicible et du pensable. Ce sondage ne raconte donc pas seulement un conservatisme. Il raconte aussi un Maroc jeune en tension entre continuité et mutation.
Ce qui ressort d’abord, c’est le poids durable des référents religieux, familiaux et sociaux dans la construction des opinions. Héritage, sexualité, mariage, homosexualité, polygamie, signes religieux : sur tous ces thèmes, une majorité de jeunes continue de défendre des positions classiques. Pourtant, certains chiffres racontent autre chose. Ils montrent qu’une partie de cette génération, sans être majoritaire, commence à déplacer les frontières du dicible et du pensable. Ce sondage ne raconte donc pas seulement un conservatisme. Il raconte aussi un Maroc jeune en tension entre continuité et mutation.
Le chiffre le plus spectaculaire concerne l’égalité dans l’héritage.
77 % des jeunes interrogés s’y opposent, contre 18 % qui y sont favorables, tandis que 6 % ne se prononcent pas clairement. Ce résultat confirme que, sur ce sujet, le consensus réformateur est encore très loin.
L’héritage reste l’un des terrains où la norme religieuse conserve la plus grande autorité symbolique. Ici, la modernité sociale ne suffit pas à renverser les cadres traditionnels. Même chez les jeunes, souvent présentés comme naturellement plus progressistes, l’idée d’une stricte égalité successorale entre hommes et femmes continue d’être perçue comme une rupture difficilement acceptable.
L’héritage reste l’un des terrains où la norme religieuse conserve la plus grande autorité symbolique. Ici, la modernité sociale ne suffit pas à renverser les cadres traditionnels. Même chez les jeunes, souvent présentés comme naturellement plus progressistes, l’idée d’une stricte égalité successorale entre hommes et femmes continue d’être perçue comme une rupture difficilement acceptable.
Criminalisation de l’homosexualité
Autre indicateur fort : 58 % des jeunes soutiennent le maintien de la criminalisation de l’homosexualité, contre 35 % qui y sont opposés, et 6 % qui restent sans position. Le résultat confirme une majorité conservatrice, mais il serait réducteur de s’arrêter là.
Le fait que plus d’un tiers des répondants rejettent cette criminalisation est, en soi, un signal important. Cela ne signifie pas que la société marocaine est en bascule sur ce sujet.
Cela signifie en revanche qu’un espace minoritaire, mais réel, existe désormais pour contester un cadre légal longtemps considéré comme intouchable. Sur une question aussi sensible, ce n’est pas anodin.
Le fait que plus d’un tiers des répondants rejettent cette criminalisation est, en soi, un signal important. Cela ne signifie pas que la société marocaine est en bascule sur ce sujet.
Cela signifie en revanche qu’un espace minoritaire, mais réel, existe désormais pour contester un cadre légal longtemps considéré comme intouchable. Sur une question aussi sensible, ce n’est pas anodin.
Les relations sexuelles hors mariage
Le sondage révèle ensuite un pays presque partagé sur les relations sexuelles hors mariage. 51 % des jeunes souhaitent maintenir leur criminalisation, contre 40 % qui demandent sa suppression, tandis que 9 % se disent neutres.
Ce chiffre est probablement l’un des plus instructifs de l’enquête. Contrairement à l’héritage, où l’écart est massif, ici la majorité conservatrice est bien moins écrasante.
Le sujet touche à la vie privée, aux libertés individuelles, à l’évolution des pratiques sociales réelles et à l’écart croissant entre les normes officielles et les comportements vécus. Le Maroc des jeunes ne tranche donc pas d’un seul bloc : il hésite, débat intérieurement, avance à pas mesurés.
Ce chiffre est probablement l’un des plus instructifs de l’enquête. Contrairement à l’héritage, où l’écart est massif, ici la majorité conservatrice est bien moins écrasante.
Le sujet touche à la vie privée, aux libertés individuelles, à l’évolution des pratiques sociales réelles et à l’écart croissant entre les normes officielles et les comportements vécus. Le Maroc des jeunes ne tranche donc pas d’un seul bloc : il hésite, débat intérieurement, avance à pas mesurés.
La virginité féminine,
Le poids des normes traditionnelles apparaît avec une force particulière autour de la virginité féminine, que 66 % des jeunes considèrent comme une condition essentielle au mariage. Ce chiffre, à lui seul, dit beaucoup du décalage entre les discours de modernisation et la persistance d’un imaginaire social très classique sur le corps féminin, l’honneur et la respectabilité.
Ce qui frappe ici, ce n’est pas seulement l’attachement à une valeur morale héritée ; c’est le fait qu’elle continue de structurer les attentes matrimoniales d’une majorité de jeunes, à une époque pourtant marquée par l’urbanisation, l’hyperconnexion et l’exposition à d’autres modèles culturels. Le changement social, manifestement, n’efface pas d’un coup les logiques anciennes.
Ce qui frappe ici, ce n’est pas seulement l’attachement à une valeur morale héritée ; c’est le fait qu’elle continue de structurer les attentes matrimoniales d’une majorité de jeunes, à une époque pourtant marquée par l’urbanisation, l’hyperconnexion et l’exposition à d’autres modèles culturels. Le changement social, manifestement, n’efface pas d’un coup les logiques anciennes.
Les hôtels et couples sans contrat de mariage
Dans le même registre, 70 % des sondés refusent que les hôtels accueillent des couples sans contrat de mariage, contre seulement 15 % qui y sont favorables. Là encore, le chiffre souligne l’attachement à une certaine conception de l’ordre moral dans l’espace public. Il ne s’agit plus seulement de convictions personnelles, mais d’une volonté de voir ces normes continuer à encadrer les pratiques visibles.
Autrement dit, beaucoup de jeunes ne se contentent pas d’adhérer à une morale privée ; ils souhaitent aussi qu’elle demeure socialement et institutionnellement reconnue. Ce point est essentiel : il montre que le conservatisme mesuré par le sondage n’est pas seulement culturel, il est aussi normatif.
Autrement dit, beaucoup de jeunes ne se contentent pas d’adhérer à une morale privée ; ils souhaitent aussi qu’elle demeure socialement et institutionnellement reconnue. Ce point est essentiel : il montre que le conservatisme mesuré par le sondage n’est pas seulement culturel, il est aussi normatif.
La polygamie
Sur la polygamie, le résultat est plus nuancé. 48 % des jeunes se disent opposés à cette pratique. Ce n’est pas une majorité absolue, mais c’est un niveau suffisamment élevé pour signaler une prise de distance significative. La polygamie semble de moins en moins perçue comme une évidence ou comme une tradition intouchable.
Ce chiffre mérite attention, car il suggère que certaines évolutions sont à l’œuvre dans la perception du couple, de la justice conjugale et du rôle de la femme au sein de la famille. Sur ce terrain, le conservatisme ne disparaît pas, mais il paraît déjà moins solide que sur d’autres questions.
Ce chiffre mérite attention, car il suggère que certaines évolutions sont à l’œuvre dans la perception du couple, de la justice conjugale et du rôle de la femme au sein de la famille. Sur ce terrain, le conservatisme ne disparaît pas, mais il paraît déjà moins solide que sur d’autres questions.
Le port du hijab
Enfin, le sondage montre un soutien massif au port du hijab : 76 % des jeunes s’y déclarent favorables, contre à peine 2 % qui y sont opposés, tandis que 22 % adoptent une position neutre.
Ce résultat confirme l’ancrage profond du religieux dans les représentations sociales de la jeunesse marocaine. Mais là encore, il faut nuancer l’interprétation. Soutenir le hijab ne signifie pas automatiquement adhérer à une lecture uniforme du religieux.
Pour certains, il relève d’une conviction spirituelle ; pour d’autres, d’une norme sociale ; pour d’autres encore, d’une forme de respectabilité. Ce chiffre rappelle surtout que, malgré les mutations culturelles, la référence religieuse demeure centrale dans l’espace symbolique des jeunes.
Ce résultat confirme l’ancrage profond du religieux dans les représentations sociales de la jeunesse marocaine. Mais là encore, il faut nuancer l’interprétation. Soutenir le hijab ne signifie pas automatiquement adhérer à une lecture uniforme du religieux.
Pour certains, il relève d’une conviction spirituelle ; pour d’autres, d’une norme sociale ; pour d’autres encore, d’une forme de respectabilité. Ce chiffre rappelle surtout que, malgré les mutations culturelles, la référence religieuse demeure centrale dans l’espace symbolique des jeunes.
Au final, ce sondage raconte une réalité complexe mais lisible.
La jeunesse marocaine n’est ni ce bloc progressiste fantasmé par certains, ni cette masse immobile décrite par d’autres. Elle reste majoritairement conservatrice sur les grands sujets sociétaux, mais elle n’est pas fermée de façon homogène.
Sur plusieurs questions, des minorités importantes expriment déjà des positions plus ouvertes. C’est peut-être cela, le vrai enseignement de l’enquête : le changement, au Maroc, ne surgit pas en rupture brutale.
Il avance lentement, inégalement, parfois discrètement. Et chez les jeunes, il commence souvent là où les tabous paraissaient les plus solides.
Sur plusieurs questions, des minorités importantes expriment déjà des positions plus ouvertes. C’est peut-être cela, le vrai enseignement de l’enquête : le changement, au Maroc, ne surgit pas en rupture brutale.
Il avance lentement, inégalement, parfois discrètement. Et chez les jeunes, il commence souvent là où les tabous paraissaient les plus solides.
Au fond, il y a mille façons d’interpréter ce sondage, dont le premier mérite est peut-être simplement d’exister.
Les conservateurs y verront la confirmation de ce qu’ils répètent depuis longtemps : que la jeunesse marocaine reste, dans sa majorité, attachée à des repères traditionnels solides. Les progressistes, eux, insisteront sur un autre mouvement, plus discret mais bien réel : celui de chiffres qui bougent, de minorités qui grandissent, de tabous qui cessent lentement d’être intouchables. Entre les deux lectures, une évidence s’impose : ce sondage ne clôt aucun débat, il les rouvre tous. Et c’est sans doute là son intérêt le plus précieux.












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