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Wald Maâlam : l’IA ne tue pas les solitaires, elle démasque les faux collectifs


Par Dr Az-Eddine Bennani.

La tribune de Jankari Consulting publiée dans TelQuel propose une lecture séduisante des transformations induites par l’intelligence artificielle : celle-ci ne détruirait pas les startups, mais les entrepreneurs solitaires, au profit d’écosystèmes plus denses et plus connectés.

L’argument mérite attention. Il appelle toutefois une mise en perspective plus exigeante.



L’histoire des systèmes productifs montre que l’opposition entre individu et collectif constitue le plus souvent une fausse alternative.

Dans l’atelier traditionnel, le Maâlam n’est ni seul ni dissous dans un groupe indistinct. Il incarne une fonction particulière : celle de la conception, de la cohérence et de la responsabilité.

Sans cette fonction, l’atelier subsiste en apparence, mais perd sa capacité à produire du sens et de la qualité.

La question n’est donc pas celle du solitaire, mais celle de l’absence de pensée structurante. L’intelligence artificielle, de ce point de vue, ne valorise ni les individus isolés ni les collectifs en tant que tels.

Elle amplifie des logiques existantes. Un système mal conçu devient plus rapide dans ses erreurs, un collectif mal structuré gagne en efficacité dans la confusion.

L’IA n’introduit pas spontanément de la cohérence ; elle accélère les dynamiques à l’œuvre.

C’est pourquoi l’idée selon laquelle les écosystèmes constitueraient en eux-mêmes une réponse apparaît insuffisante.

Ce déplacement vers les communautés et les réseaux occulte un enjeu central : celui des modèles.

L’intelligence artificielle repose sur des modèles d’apprentissage et de représentation qui traduisent des manières de penser. Ces modèles ne sont ni neutres ni universels. Ils portent des hypothèses, des cadres cognitifs et des visions du monde.

Dès lors, organiser des interactions sans maîtriser ces modèles revient à structurer des dépendances plutôt qu’à construire de la valeur. La distinction entre algorithme et programme éclaire ce point.

L’algorithme relève d’une logique de raisonnement, d’une manière de penser un problème. Le programme n’en est que la traduction technique. Lorsque la logique de raisonnement est importée, la maîtrise apparente des outils ne garantit en rien l’autonomie.

Elle peut même masquer une dépendance plus profonde, d’ordre cognitif.

Dans ce contexte, l’idée selon laquelle l’IA uniformiserait les compétences doit être nuancée.

Elle transforme plutôt les lignes de fracture. La différence ne se situe plus entre ceux qui savent faire et ceux qui ne savent pas, mais entre ceux qui utilisent et ceux qui comprennent. Cette distinction est déterminante.

Elle conditionne la capacité à concevoir, à orienter et à gouverner les systèmes. Appliquée au Maroc, la valorisation des écosystèmes sectoriels — agriculture, énergie, industrie, tourisme — ne saurait suffire.

La mise en réseau des acteurs est nécessaire, mais elle ne constitue pas une stratégie en soi.

Sans maîtrise des architectures informationnelles, des modèles de données et des logiques algorithmiques, ces écosystèmes risquent de devenir des espaces d’intégration dans des chaînes de valeur conçues ailleurs.

La figure de Wald Maâlam permet d’esquisser une autre lecture.

Elle ne renvoie ni à l’individu isolé ni au collectif diffus, mais à une articulation entre conception, transmission et exécution.

L’intelligence y est collective, mais elle demeure structurée et portée.

Cette articulation apparaît aujourd’hui comme une condition essentielle de toute appropriation réelle de l’intelligence artificielle.

L’IA ne tue donc ni les solitaires ni les startups. Elle révèle une transformation plus profonde : la centralité de la capacité à penser les systèmes, à en comprendre les logiques et à en assumer la responsabilité.

Dans un monde organisé par des modèles, la question décisive n’est pas celle du degré de connexion, mais celle de la maîtrise des principes qui organisent ces connexions.

Par Dr Az-Eddine Bennani.



Mardi 31 Mars 2026


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