D’emblée, les chiffres globaux peuvent impressionner. À 1 191,8 MMDH, l’encours du crédit bancaire donne l’image d’un secteur financier encore robuste, prêt à soutenir les ambitions économiques du Royaume. Cette progression de 6,2 % sur un an n’est pas négligeable dans un contexte où l’inflation mondiale, les incertitudes géopolitiques et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement continuent de peser sur l’investissement et la consommation.
Pourtant, derrière ces montants se dessine un paysage plus nuancé qu’il n’y paraît. La progression du crédit ne se fait pas de manière homogène. Les crédits accordés aux agents non financiers, c’est-à-dire aux ménages et aux entreprises privées, affichent une croissance plus modérée (+4,2 %), tandis que ceux destinés aux agents financiers explosent à +16,9 % une dynamique qui peut traduire des flux de liquidités vers des institutions plutôt que vers l’économie “réelle”.
Dans le détail, les chiffres relatifs aux entreprises non financières privées témoignent d’une activité contrastée. Le crédit à l’équipement, qui finance les investissements productifs, a connu une fulgurante hausse, portée par des projets d’envergure dans les infrastructures et les secteurs manufacturiers, ainsi que par la demande accrue des entreprises pour moderniser leurs outils de production.
À l’inverse, les facilités de trésorerie, qui servent essentiellement à répondre aux besoins de liquidités à court terme, ont reculé d’environ 6,6 %. Ce reflux peut être interprété comme une amélioration de la gestion financière des entreprises, mais aussi comme un signe de prudence accrue des banques face aux risques de défaillance à court terme.
Du côté des ménages, la progression de 3,4 % traduit une demande soutenue pour les crédits à l’habitat et à la consommation. Rien d’étonnant pour les lecteurs marocains qui voient autour d’eux des chantiers d’habitat fleurir et une jeune génération de consommateurs plus active. Toutefois, cette augmentation doit être lue à la lumière de la pression que représentent les mensualités de remboursement pour les classes moyennes. Une anecdote que beaucoup reconnaîtront : « Aujourd’hui, plusieurs de mes amis trentenaires m’expliquent que, même avec un emploi stable, obtenir un crédit immobilier reste un pari sur l’avenir tant les charges pèsent sur le budget mensuel ».
Sur le front des dépôts bancaires, les chiffres sont également parlants. Ils atteignent 1 299 MMDH, avec une hausse annuelle de 7,3 %, ce qui montre une épargne relativement dynamique malgré un contexte de faibles taux d’intérêt et de rendement modéré des comptes. Cette tendance est confirmée par plusieurs publications récentes de Bank Al-Maghrib.
Pour autant, ces chiffres ne doivent pas masquer des risques potentiels. Plusieurs analystes soulignent la progression des créances en souffrance, qui, bien que toujours sous contrôle, sont en hausse et pourraient poser des défis en matière de qualité des actifs bancaires si elle n’est pas strictement surveillée.
À retenir : l’économie marocaine utilise encore largement le crédit bancaire comme levier de croissance, mais cette dynamique est hétérogène. Les secteurs productifs et les ménages tirent une part de la croissance du crédit, tandis que les banques doivent naviguer entre soutien à l’économie et gestion des risques. Avec une coupe claire entre crédits à long terme et facilités de trésorerie, le paysage financier reste résilient, mais demande une vigilance accrue. Dans un Maroc qui aspire à une croissance inclusive et durable, cette équation entre financement et prudence demeure au cœur du débat public.
Pour les décideurs et les acteurs économiques, l’enjeu est désormais de transformer cette croissance quantitative du crédit en une qualité durable des investissements, afin que le crédit bancaire ne soit pas seulement un chiffre dans un tableau, mais une véritable impulsion pour l’emploi, l’innovation et la prospérité partagée.
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