Depuis mon bureau à Rabat, en observant les chiffres défiler au fil des bulletins mensuels que je scrute depuis des années cette tendance me rappelle combien les équilibres monétaires peuvent parfois paradoxalement sembler robustes à première vue tout en cachant des fragilités structurelles.
Ce rebond de la masse monétaire s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la monnaie fiduciaire en circulation a augmenté de 13,1 %, une accélération par rapport à octobre (11,7 %). L’argent liquide, souvent perçu comme le baromètre de la confiance des ménages, continue de circuler fortement. Ensuite, les dépôts à vue essentiellement des comptes courants ont aussi progressé, traduisant un regain de ressources disponibles dans le système bancaire.
Autre enseignement clé, les dépôts des agents économiques auprès des banques ont été l’un des moteurs de cette expansion. Les comptes à terme et les produits d’épargne, eux, affichent des trajectoires moins dynamiques voire stagnantes, ce qui renvoie à un contexte où les taux d’intérêt relativement bas et les incertitudes sur les rendements orientent les acteurs vers des placements plus liquides.
Crédit bancaire et perspectives sectorielles
L’évolution de la masse monétaire est intimement liée à l’activité de crédit. En novembre, Bank Al-Maghrib a également noté une accélération du crédit bancaire au secteur non financier, qui inclut l’ensemble des entreprises et ménages hors établissements financiers. Ce mouvement, bien que modeste comparé à l’ampleur de l’agrégat monétaire, suggère une reprise progressive des prêts destinés aux investissements et à la consommation.
Pour les PME marocaines souvent confrontées à des contraintes de financement cette dynamique reste encourageante. De nombreux dirigeants avec lesquels j’ai échangé au cours des derniers mois évoquent un accès au crédit légèrement assoupli, même si les coûts des emprunts et les exigences de garanties demeurent des défis quotidiens.
Cependant, une note de prudence s’impose : la croissance monétaire soutenue ne garantit pas automatiquement un regain d’investissements productifs. Une partie de cette liquidité peut rester « dormante » dans les comptes courants des ménages ou servir à alimenter des achats de biens importés, sans pour autant stimuler la production intérieure ou la création d’emplois.
Défis et signaux à surveiller
Dans le débat économique marocain, ces chiffres alimentent deux lectures divergentes. Certains experts y voient une preuve du renforcement de la résilience du système financier, avec une banque centrale qui réussit à maintenir un équilibre entre liquidité, stabilité et soutien à la croissance. D’autres pointent du doigt les risques d’une liquidité trop abondante sans relais réel vers l’investissement productif, ce qui pourrait alimenter des déséquilibres externes ou des bulles sur certains segments de l’économie.
Sur cette dernière question, les données sur la position des réserves officielles de change sont rassurantes : elles continuent d’augmenter légèrement, offrant un coussin face aux chocs externes. Néanmoins, la dépendance à l’égard des importations, les pressions inflationnistes importées et les fragilités du marché du travail restent des défis structurels à affronter dans les mois à venir.
Au final, la croissance de la masse monétaire à 8,3 % en novembre 2025 est un indicateur utile mais pas une garantie de bonne santé économique. Elle reflète une liquidité abondante, proche de niveaux historiques records, mais suggère aussi la nécessité d’orienter cette liquidité vers des investissements productifs et durables.
Pour les décideurs publics comme pour les acteurs privés, l’enjeu est clair : transformer cette dynamique monétaire en croissance inclusive, création d’emplois et investissements durables pour que l’économie marocaine puisse répondre aux aspirations d’une jeunesse avide d’opportunités et d’un tissu productif en quête de financement.
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